• Les Collecteurs Maudits - chapitre 7

    Chapitre 7

     

     

    Début Juin 1975, Joan me demanda pour la forme si elle pouvait inviter sa grand mère et son frère pour diner. Trois jours plus tard, nous étions installés tous ensemble sur la terrasse de notre appartement, avec une vue imprenable sur Central Park. Eugénia, la grand mère de Joan, me semblait plus vive que lors de notre dernière rencontre. Et presque plus jeune, dans un tailleur plus en accord avec sa personnalité que la robe antédiluvienne qu'elle portait au mariage. Mark, le frère, avait toujours l'air aussi malcommode dans son costume de croque mort des impôts.

    Je m'attendais à passer une soirée inconfortable, mais pas à ce point.
    Assez rapidement, avant même d'attaquer les entrées, je dus digérer quelques nouvelles dérangeantes :

    a) La grand mère de Joan n'était pas du tout gâteuse, et ce n'était pas sa grand mère.

    b) Le frère de Joan n'était pas son frère, c'était son ex-mari. Ce qui expliquait en partie son manque d'entrain lors notre cérémonie de mariage.

    c) La grand mère de Joan était à la tête de l'Ordre des Sorciers d'Amérique du Nord. Le faux frère mais vrai ex-mari de Joan était son adjoint.

    d) Et Joan était une sorcière, elle aussi. Évidemment.

     

    Pendant que la vieille sorcière m'assénait ces révélations d'un seul tenant, Joan eut la décence de rougir un peu et de baisser la tête.

    Je n'en menais pas large, avec mon sourire de benêt, mes bretelles fluorescentes à la dernière mode et mon verre de whisky à la main, face à trois Sorciers qui considéraient la chasse des Vampires Noirs comme leur mission première.

     

    • Bon, on ne va pas tourner du pot, dit Eugénia, patronne des Sorciers de l'Amérique du Nord.

    • Je n'ai pas eu l'impression que vous ayez beaucoup tourné autour jusque là, lui répondis-je, histoire de détendre l'atmosphère.

    La vieille me fit grâce d'un sourire mauvais avant de poursuivre :

    • Nous savons ce que vous êtes, Lucien. Un Vampire Noir. Vous êtes une abomination.

    • J'en ai autant à votre service, lui dis-je. Vous n'êtes pas trop normaux non plus, si j'en crois les histoires que l'on m'a raconté sur vous. J'ai travaillé un temps avec un de vos collègues Brésiliens, d'ailleurs. Ce n'est pas un très bon souvenir, il n'était pas particulièrement aimable, lui non plus. 

    À ces mots, je vis le sang refluer du visage de Mark :

    • Nous sommes mortels ! Nous pouvons mourir naturellement, pas vous ! Me lança t'il du ton colérique et agressif avec lequel il devait également s'adresser aux commerçants fraudeurs.

    • Peut être, mais je n'ai pas choisi d'être Collecteur. Je ne doute pas que vous ayez choisi de devenir Sorcier. Et je ne pense pas vraiment être un Vampire Noir, sinon on ne serait pas en train de faire la causette. Je me trompe ?

    Joan prit la parole pour la première fois :

    • Non, tu ne te trompes pas, dit elle en jetant un regard courroucé à Eugénia et à son ex. Trop souvent dans l'esprit des Sorciers, les Collecteurs et les Vampires Noirs sont la même chose.

    • Tous les Collecteurs deviennent des Vampires un jour ou l'autre ! lança Mark en tapant du poing sur la table.

    Eugénia reprit la parole :

    • Non, ce n'est pas entièrement vrai, Mark. C'est souvent le cas, mais certains Collecteurs viennent nous trouver volontairement pour se débarrasser de leur malédiction, et parfois à l'issue d'une longue vie relativement paisible. C'est rare, mais ça arrive.

       

    Elle reprit, en s'adressant à moi cette fois :

    • Nous savons bien entendu que vous avez collaboré avec Figueroa dans les années 20, lorsque vous avez traqué le Vampire Amazonien. Nous connaissons tout de vous Lucien, qu'il s'agisse de vos activités ou du nombre de vos victimes depuis la fin de la grande guerre. Nous n'avons pas grand chose à vous reprocher pour le moment, vous êtes encore jeune, pour un Collecteur, et vous n'avez encore jamais emprunté la mauvaise voie, comme vous l'appelez. Vous avez probablement plusieurs siècles devant vous avant de devenir un danger public. 

    • Et bien, merci pour le vote de confiance, répondis-je.

    Eugénia jeta un regard peu amène à Joan avant de reprendre :

    • Joan avait pour mission de vous évaluer, pas de vous épouser. Si ça peut vous rassurer sur la nature de votre relation, elle ne s'est pas mariée avec vous sur nos instructions, bien au contraire.

    • Vous m'en voyez rassuré, dis-je en échangeant un regard avec Joan, qui me le rendit sans ciller. Vous menez toujours des évaluations aussi rapprochées ?

    • Non, évidement, dit Eugénia en réprimant visiblement un frisson. Comme nouvel arrivant à New York, vous nous sembliez la meilleure porte d'entrée pour votre cellule, grâce à vos liens avec Isadora, de votre ancienne cellule Parisienne, qui a été l'une des nôtres.
      Elle reprit :
      Il y a un Vampire Noir qui fait des ravages dans toute l'Amérique du Nord depuis quelques mois, ses victimes se comptent en centaines. Et nous n'arrivons pas à mettre la main sur lui. Nous avons besoin de votre aide.

       

       

    À ces mots, Mark poussa un soupir avec une moue dégoutée. C'est la principale raison pour laquelle j'ai immédiatement accepté de les aider.

    Évidemment, Eugénia, qui est une reine de la manipulation, avait intégré Mark à cette rencontre dans ce but précis. Elle comptait sur l'antagonisme que j'avais naturellement développé à l'encontre de l'ex de ma femme pour me faire basculer. 

    Je ne vois pas à quoi il aurait pu servir d'autre, ce crétin.

     

     

    (à suivre)

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