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    Monsieur le Juge d'instruction,

     

    Suite à ma dernière audition dans vos locaux, je tenais à vous écrire car je pense que je me suis parfois mal exprimé, et je souhaite apporter à mes déclarations quelques éclaircissements. Certains des faits que je vous ai relatés au cours de l'audition ne l'ont probablement pas été de façon claire, et ont pu vous donner une fausse image de ma personnalité.

     

    Comme je vous le disais, je ne nie pas les faits qui me sont reprochés, mais je tiens à rétablir le contexte dans lesquels ils se sont produits.

     

    Tout d'abord, j'ai fait l'acquisition d'un bébé tigre d'une façon que je croyais parfaitement légale, sur un site internet américain. Il est exact que je ne me suis pas présenté comme un particulier, mais je n'y peux rien si les américains n'ont pas vérifié que Zooval était mon nom de famille.

     

    J'ai reçu le bébé tigre par colis UPS en Avril 2017. Pendant les 6 premiers mois, tout c'est bien passé, le tigre se comportant au départ comme un chaton, puis comme un gros chat par la suite.

     

    Il est vrai que ma femme a commencé à avoir des doutes sur le long terme quand notre tigre (que nous avions nommé « Minou ») a commencé à rapporter lors de ses sorties nocturnes des animaux des plus en plus gros. Au début, les souris et les rats, c'était plutôt sympa. Josiane a toujours eu horreur des rongeurs. C'est pour cette raison que je n'ai pas essayé de limiter son comportement de prédation (pas celui de Josiane, celui de Minou). J'ai eu tort sur ce coup là, je le reconnais.

    Je n'ai pas réagi non plus quand il commencé à rapporter des taupes, des hérissons, des pigeons et des corneilles.

     

    Mais je vous assure que lorsqu'il a ramené son premier chat domestique, nous avons pris immédiatement la décision de ne plus le faire sortir de la maison. À ce moment là, il avait 10 mois et il était déjà assez gros, mais il écoutait encore assez bien.

     

    Le problème de Minou, c'est qu'il avait pris l'habitude de sortir. Et il n'a pas compris qu'il devait rester dans la maison. Il nous a tout fait : ouverture de la porte d'entrée avec les pattes, passage par les fenêtres ouvertes du premier étage. Il a a réussi plusieurs fois à forcer la baie vitrée de la véranda, et une fois Il a même essayé de creuser un tunnel dans la salle de bains. J'ai dû refaire tout le carrelage.

    Bien sûr, je me suis inquiété de le voir ramener des animaux morts de plus en plus gros à l'issue de ses escapades. Mais je dois dire que le Berger Allemand, ça m'a fait un choc.

    Je reconnais que j'ai enterré trois chiens et douze chats dans mon jardin. Mais qu'auriez vous fait à ma place ? Vous les auriez laissé pourrir devant la porte de votre véranda ? Ça n'aurait pas été très hygiènique.

     

    Ce n'est pas de ma faute si Minou était un génie. Il s'est même caché dans le coffre de la voiture, une fois. Mais je ne sais pas si il l'avait fait exprès. Josiane a eu une peur bleue en ouvrant le coffre pour y ranger sa valise.

    C'est le jour où elle m'a quitté, d'ailleurs. Je m'en souviens, Minou venait d'avoir 18 mois. 

     

    J'avoue qu'à cette période j'avais en effet des difficultés financières pour nourrir Minou. Il faut dire qu'il n'était jamais rassasié. Il lui fallait au minimum 8 kilos de viande par jour pour le calmer un minimum. Mais ses sorties nocturnes n'ont jamais été une façon pour moi d'éviter les dépenses d'alimentation, comme vous avez semblé le suggérer perfidement lors de mon audition.

     

    Les rares fois où j'ai oublié de le nourrir, il a tout cassé dans la maison. Il a même fait tomber mon aquarium tropical de 600 litres par terre pour pouvoir manger mes poissons exotiques. Il a bouffé toute la famille de Discus que j'entretenais avec passion depuis des années, et à laquelle j'étais très attaché. 

    Quand je suis rentré du travail ce jour là, il y avait de l'eau dans toute la maison.

    Ce jour là, je l'ai grondé.

    Mais quand j'ai essayé de l'enfermer de force dans sa cage, il s'est rebiffé et s'est montré menaçant envers moi. C'était la première fois.
    C'est à ce moment là que je me suis demandé si je n'avais pas fait une bêtise en adoptant ce tigre.

     

    Mais je certifie sur l'honneur, Monsieur le Juge, que je ne l'ai pas volontairement abandonné dans la forêt de Rambouillet.

    Il se trouve que j'avais pris l'habitude, depuis qu'il ne sortait plus seul la nuit, de le mettre sur les sièges arrière de la voiture et de l'emmener en ballade, pour le déstresser. Il appréciait beaucoup ces sorties. 

     

    Il se trouve que dans la nuit du 11 Juin 2019, alors que je m'étais arrêté en imite de la forêt de Rambouillet pour satisfaire un besoin naturel, j'ai mal refermé ma portière quand je suis descendu de voiture. 

    Minou en a profité pour s'enfuir, je ne suis pas arrivé à le retenir. Il faut dire qu'à ce moment là il était adulte, et devait peser largement plus de 200 kilos. 

     

    Alors c'est vrai, j'aurais dû prévenir les autorités. J'avais prévu de le faire dès le lendemain matin, mais j'ai trouvé porte close au commissariat qui était sur le chemin de mon travail. J'avais prévu d'y repasser le soir, mais quand j'ai entendu à la radio qu'un tigre avait dévoré deux promeneurs en foret de Rambouillet, j'ai fait le rapprochement, et j'ai pris peur.

     

    Après cela, le battage médiatique fait autour des attaques suivantes ne m'a pas incité à venir me dénoncer. De toute façon, Monsieur le Juge, si je m'étais dénoncé ça n'aurait rien changé. Minou n'a jamais obéi à mes ordres de rappel. Cet animal n'en faisait qu'à sa tête. 

     

    Lorsque une semaine après l'évasion de Minou j'ai trouvé le cadavre à moitié dévoré d'un homme habillé en tenue de chasseur sur le pas de ma porte, j'ai paniqué.

    Je tiens toutefois à vous faire remarquer que je ne l'ai pas enterré avec les animaux, mais dans une autre partie de mon jardin.

     

    Alors, j'admets que je me suis mal exprimé pendant notre entretien, je suis désolé pour les 17 victimes de Minou. Contrairement à ce que je vous ai dit, je ne pense pas que tous ces gens se soient montrés menaçant envers lui. C'est certainement lui qui les a attaqué, parce que c'était dans sa nature. 

     

    Bien entendu, je regrette tout ce qui s'est passé, et je tiens à présenter mes excuses aux familles des victimes. J'ai commencé à rédiger des lettres d'excuses.

     

    Et pour répondre à votre dernière question, non : au moment des évènements, je ne me souvenais plus qu'il y avait mes coordonnées sur le collier de Minou. Ce n'est que lors de ma garde à vue que j'ai compris comment la gendarmerie m'avait retrouvé.

     

    Enfin, contrairement à ce que j'ai pu dire dans votre bureau sous le coup de l'émotion, je n'ai pas l'intention de porter plainte contre la gendarmerie, même si j'estime qu'ils auraient pu endormir Minou au lieu de l'abattre.

     

    Espérant que vous voudrez bien prendre en compte mes explications et que celles ci permettront d'adoucir un peu votre jugement sur mes actions, veuillez agréer, Monsieur le juge d'instruction, l'expression de mes respectueuses salutations.

     

    Georges Zooval

    Prison de Fleury Mérogis.

     

     


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    Je suis un fleuve d'ignorance

    Dans lequel s'ébattent

    Encore de petites connaissances

    Aux reflets argentés.

     

    Si j'essaie de les attraper,

    Elles se débattent,

    Et finissent par m'échapper.

     

    Pour éviter la démence,

    Je me contente d'admirer la danse

    Des dernières rescapées :

     

    Elles sont vives et délicates,

    J'ai beaucoup de chance,

    Pour un fleuve aux eaux grises

    Et aux rives décapées.

      

     

     


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  • 3ème épisode des encaisseurs.

    Lien vers la première partie : la phrase d'introduction

    Lien vers la deuxième partie : gaufrettes à gogo

     

     

    Il y avait quelqu'un qui menaçait notre business. Ron et moi étions remontés. Enfin, surtout moi. Ron était surtout préoccupé par ses récents problèmes de digestion et avait même évoqué une possible visite à un médecin.

    Je ne savais pas trop si c'était du lard ou du cochon, vu que de mémoire d'homme je n'avais jamais vu Ron fréquenter un quelconque office médical. Sauf pour des raisons professionnelles, évidement. Qu'il s'agisse de dentistes dingues de roulette (dans les casinos), de cardiologues avec des problèmes de coeur (à cause de call-girls pas dans leurs moyens) ou d'addictologues trop soucieux de comprendre leurs patients (au point de les imiter) : nombre de représentants du corps médical étaient et sont toujours nos clients réguliers.

    Mais il était peu probable que Ron aille voir un docteur pour se soigner, et prendre ainsi le risque de faire face au seul individu sur Terre capable de lui suggérer de manger un peu moins sans risquer de perdre sa dentition. 

    C'était juste sa façon à lui de me taquiner. Il savait que j'étais responsable de sa soudaine aversion pour les gaufrettes. Je savais qu'il savait, et il savait que je savais qu'il savait. Tout ça sans jamais évoquer frontalement le sujet, vu que nous étions tous les deux en tort : lui par excès de gloutonnerie, moi par excès de fourberie. Et puis après tout, nous étions des hommes : cela faisait longtemps que nous avions acquis à la dure des principes essentiels de survie, comme s'abstenir de dire quelque chose quand ça ne nous semble pas indispensable. 

     

    Ça s'est terminé assez rapidement, cette histoire de docteur. Après quatre ou cinq gueuletons. À mes frais. Et pas dans des crêperies.

    Si le bon fonctionnement de mon partenariat avec Ron me tenait à coeur, j'étais surtout concentré sur la recherche de notre saboteur, celui qui prévenait nos clients de nos visites. Dans notre métier un client prévenu est souvent un client envolé. Et si le client prévenu n'est pas envolé, il devient potentiellement un client dangereux.

    Le fait que le saboteur ait poussé le vice jusqu'à informer nos clients de l'histoire des gaufrettes était plutôt bon signe. C'était le signe qu'il pensait être malin, alors qu'il ne l'était pas. 

    Si il s'était contenté de prévenir les clients, il nous aurait fallu plus de temps pour découvrir le problème. 

    C'était aussi le signe qu'il cherchait avant tout à ruiner notre réputation dans le milieu, en faisant capoter nos procédures de recouvrement amiable.

    Si désormais le problème de fond (les gaufrettes) était plus ou moins sous contrôle, on ne pouvait pas laisser passer ça. Quand un jobard te marche sur les arpions, tu ne te chausses pas d'espadrilles en attendant qu'il remette ça. Ou alors t'as un problème.

     

    Pour trouver qui était derrière cette opération, j'ai opéré méthodiquement. Je ne connais pas d'autre façon de procéder. 

    D'abord, dans la deuxième quinzaine de Septembre 2018, nous sommes allé interroger nos donneurs d'ordre. Ça aurait été simple si toutes les affaires avaient été liées à un même donneur, mais ce n'était pas le cas. Nos donneurs d'ordre ont tous juré qu'il n'étaient pour rien dans les fuites, mais ça ne nous a pas empêché de les questionner. En fait je voulais surtout identifier nos concurrents, ceux qui pouvaient bénéficier de nos difficultés, récupérer nos missions après nos échecs.

    Je n'ai rien appris de bien nouveau, nous les connaissions quasiment tous. Nous avions une liste de quatorze suspects, quatorze concurrents susceptibles de récupérer notre boulot en cas de défaillance de notre duo. Pour la plupart des équipes sérieuses, certaines avec lesquelles nous entretenions des rapports de courtoisie professionnelle, sinon amicaux. 

     

    Dans un deuxième temps, j'ai cherché par quel moyen le saboteur avait récupéré les infos sur nos clients. J'avais désormais la certitude qu'il ne les avait pas obtenus directement de nos donneurs d'ordre.

    J'ai donc fait appel à une des plus grosses pointures en sécurité électronique de la région : Mario Gallapagos. Un des trois ou quatre gars sur la Région Parisienne capable de dupliquer un I-Phone à distance, spécialiste du matériel d'espionnage à la James Bond et amateur de grosses cylindrées. Ce qui nous avait permis de faire sa connaissance quelques années plus tôt.

    Mario a une boutique de téléphonie dans le 18ème, qui lui sert de devanture pour ses autres activités.

    Il a procédé à une analyse de nos téléphones portables : ils n'étaient pas piratés. Puis il est passé à la voiture. Il n'y avait pas de mouchard dans le moteur ou sous la carrosserie. Mais le GPS de la voiture, lui, était infecté par un malware. 

    Il faut dire que j'avais la mauvaise habitude de programmer les trajets vers nos clients la veille de nos déplacements. Ce qui avait rendu la tâche facile à notre concurrent indélicat, vu qu'il récupérait toutes les infos entrées dans notre GPS en temps réel.

     

    Nous savions donc comment nous étions doublés. Mais nous ne savions toujours pas par qui. Mario n'a pas pu localiser chez qui les données de notre GPS arrivaient. Une histoire d'IP, de proxys, de comptes anonymes. Les gars qui avaient piraté le GPS n'étaient pas du niveau de Mario (selon lui), mais ce n'étaient pas des tocards. La piste s'arrêtait net sur un serveur situé aux Philippines. Un serveur du ministère de l'agriculture Philippin. Une impasse.

    Ce qui en soi était déjà une information. Et a donné envie à Ron de manger dans un restaurant Philippin. On trouve de tout à Paris.

    Après cela, nous avons tenté de remonter la piste des clients. Ils avaient été forcément prévenus par un moyen ou par un autre. Cet autre étant probablement leur téléphone, mais une vérification s'imposait.

    Ça nous a donné un prétexte pour rendre une nouvelle visite à Sophia, la copine de Cindy Mc Farlane. 

    Nous étions début Octobre, Sophia était donc beaucoup plus habillée que la dernière fois quand elle nous a ouvert la porte de son appartement. Nous ne l'avions pas prévenu de notre visite et elle était assez surprise de nous voir, et à mon grand regret pas très contente : 

    - Cette fois ci, je vous assure que Cindy n'est vraiment pas là, elle est repartie chez ses parents à Brooklyn. Et son problème d'agent a été réglé.

    - Oui, on ne vient pas pour ça, lui répondis-je avec le ton le plus aimable dont j'étais capable.

    - Vous avez des gaufrettes ? demanda immanquablement Ron.

    Avant que Sophia ne réponde, je me retournai vers Ron :

    - Non Ron, je doute que Sophia ait racheté des gaufrettes depuis notre dernière visite. De toute façon nous ne sommes pas là pour ça. 

    Alors que Ron se renfrognait, je me retournai vers la jolie rousse : 

    - On peut discuter cinq minutes ? On a juste une question à vous poser.

    Visiblement rassurée sur nos intentions, elle ouvrit en grand la porte de son appartement. 

    - Entrez. Vous voulez boire quelque chose ? Je vous préviens je n'ai pas de bières, mais j'ai du jus de tomates et je peux aussi vous faire du maté, si vous préférez. 

    Au cas où elle n'aurait pas compris la grimace éloquente de Ron, je lui répondis :

    - Non, ça ira, on ne va pas vous embêter longtemps. Nous voudrions juste savoir qui vous a prévenu de notre visite la dernière fois.

    Sophia me jeta un regard incisif.

    - Bon je suppose qu'il ne sert à rien de nier que nous avons été prévenues. C'est Cindy qui a reçu un appel la veille au soir. Mais c'était un appel masqué, elle ne pourra pas vous donner le numéro.

    - Qui était l'informateur ? Un homme, une femme ?

    - C'était un homme je crois, mais Cindy m'a dit que sa voix était déformée, comme dans les demandes de rançons dans les films. Il a surtout insisté sur le fait que nous ne devions pas révéler avoir été prévenues, sous peine de représailles.

    - Ne vous inquiétez pas, il n'y aura pas de représailles. 

    Après quelques questions complémentaires qui n'apportèrent rien, hormis de passer quelques minutes de plus en compagnie d'une aussi jolie jeune femme, nous prîmes congé. À regrets. En lui laissant tout de même notre carte de visite, au cas où elle aurait besoin de l'assistance de professionnels. Notamment en cas de problèmes avec un ex-petit ami jaloux ou avec d'autres harceleurs indélicats. On peut toujours rêver.

    Nous avions au moins appris que les clients étaient prévenus par téléphone, c'était l'objectif principal de notre visite. 

     

     

    Il était donc temps de passer à la dernière phase de notre enquête : le piège. 

    Dans les jours qui suivirent, nous avons mis en place plusieurs trappes, en prenant soin de programmer soigneusement le GPS la veille de nos déplacements. 

    J'ai utilisé des anciens clients qui avaient pignon sur rue, avec des numéros de téléphone facilement accessibles. Avec Mario en support technique, nous n'avons même pas eu besoin de leur rendre une visite préalable pour implanter un mouchard sur leur téléphone. Il était capable de faire ça depuis son bureau. 

    Après plusieurs coups dans l'eau, le 11 Octobre, le saboteur a fini par mordre à l'hameçon :  il a appelé en fin d'après midi un de nos clients, un notaire d'Issy les Moulineaux qui avait des soucis avec son bookmaker, quelques heures seulement après que j'aie programmé son adresse dans le GPS de la voiture. 

    Mario a enregistré toute la conversation, et il nous l'a fait écouter quelques heures plus tard dans le petit bureau de son arrière boutique :

    - Allo ?

    - Maître Hallard ? demanda une voix d'outre tombe, modifiée par une application spécialisée. 

    - Oui, c'est moi. 

    - Tu vas recevoir demain dans la journée la visite de deux encaisseurs mandatés pour collecter une de tes dettes de jeu. J'appelle pour te prévenir. Un gros balèze et un petit nabot.

    - Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.

    - Je pense que si, tupitsa, mais si mes informations ne t'intéressent pas, je raccroche.

    - Non, d'accord, j'écoute ce que vous avez à me dire.

    - J'ai un bon plan pour toi, si tu veux t'en sortir.

    - J'écoute.

    - Tu vas offrir des gaufrettes au gros qui accompagne le nabot. Ça va les adoucir. Le gros est un demeuré qui adore les gaufrettes. Si tu lui en donne, il va oublier d'être méchant. 

    - Des gaufrettes ? Vous vous moquez de moi ? 

    - Je te garantie que non, tupitsa. De toute façon t'as rien à perdre. Si tu ne les attendris pas, tu vas passer un sale quart d'heure.

    - Et qu'est-ce qui m'empêche d'appeler la police ? 

    - Tu peux, tupitsa. Si tu veux que la police mette le nez dans tes affaires, c'est ton problème.

    La conversation prend alors fin, l'interlocuteur à la voix de Fantômas ayant raccroché. 

     

    L'objectif initial était de localiser le numéro appelant, ce qui n'était pas gagné d'avance si le saboteur brouillait les pistes aussi bien que pour les données GPS, mais ça s'est avéré inutile. Gaufrette et moi avions identifié le coupable. Nous avions un concurrent local qui utilisait le mot "tupitsa" à tout bout de champ. C'était un Russe, un mafieux exilé depuis quelques décennies en France, qui tentait en vain de mettre en place une tête de pont en Région Parisienne. Un certain Fédor Grégoriov, auquel nous avions déjà eu affaire par le passé. Un chauve au physique de lutteur, accompagné partout par deux hommes de main, qui donnait du "tupitsa" à tours de bras. L'équivalent du "cabrón" espagnol.

    Sans nous concerter, nous décidâmes de rendre immédiatement une petite visite à Fédor. Trouver son adresse ne prit que quelques minutes à Mario. 

    Cette adresse là, je ne l'ai pas programmée dans le GPS de la voiture. Nous y sommes allés à l'ancienne, en regardant les panneaux. Bon j'avoue je suis quand même allé sur Google Maps avant de partir, histoire de repérer les lieux.

    Ron et moi sommes arrivés au domicile de Fédor Grégoriov un peu avant 20h, un bel hôtel particulier de Boulogne-Billancourt. Le soleil était couché mais il ne faisait pas encore totalement nuit. 

    Le portillon de l'entrée était fermé, mais Ron l'a convaincu de s'ouvrir avec un bon coup de latte dans la serrure, emportant dans son élan quelques morceaux de maçonnerie. Il était assez chafouin depuis l'écoute de l'enregistrement de notre saboteur avec le notaire. Le "demeuré" n'était pas très bien passé. 

    Comme souvent dans ces propriétés modernes dotées de toutes les dernières technologies, notre entrée surprise a été repérée. À peine avions nous fait quelques pas dans la cour que la porte de la maison s'ouvrait, laissant trois chiens surexcités en sortir comme des dératés pour se lancer dans les escaliers, dans notre direction. Ce n'était pas pour la petite commission. 

    - Ataka ! lança une voix depuis le palier de la maison.

    Pas besoin de Google Trad pour comprendre les intentions du comité d'accueil, en l'occurence trois dogues argentins pas commodes. Je dirais même trois dogues argentins très sanguins, et possiblement consanguins. 

    Je n'étais pas trop inquiet, mais j'ai tout de même cherché un refuge sur lequel me percher, et je me suis élancé vers un arbre qui me semblait accueillant. 

    Pour rien, car Ron a fait du Ron. Il s'est accroupi, et il a écarté les bras. Dix secondes plus tard il avait trois nouveaux copains. C'est un don.

    Grégoriov, toujours sur son pallier, est resté bouche bée quelques secondes, mais il s'est vite repris. Il s'est précipité à l'intérieur en prenant soin de claquer la porte.

    Ron s'est lancé à sa poursuite, la porte n'étant qu'un obstacle vite franchi. Les chiens l'ont suivi dans la maison. Moi aussi.

    Le temps que je rejoigne Ron, il avait déjà désarmé Grégoriov, qui s'était précipité vers son présentoir à armes à feu une fois la porte fermée.

    Pour être tout à fait exact, ce n'est pas vraiment Ron qui a désarmé le Russe, mais l'un de ses chiens qui lui a bouffé le bras, voyant que son ancien maître s'apprêtait à faire du mal à son nouvel ami géant.

    Après ça, Ron s'est mis à califourchon sur notre saboteur Russe et a commencé à lui enfiler des baffes en lui posant en rythme toujours la même question : 

    - A-(Schlack !) VEZ (Schlack !) VOUS (Schlack !) DES (Schlack !) GAU-(Schlack !) FRETTES ?

    Jaloux de leur collègue, qui avait montré un certain sens de l'initiative vexant, les deux autres chiens se jetèrent également sur leur ancien maître. Le deuxième se saisit de l'autre bras, et le troisième se contenta de ce qui restait, le milieu du pantalon. 

    Nous n'avons jamais sû si oui ou non Grégoriov avait des gaufrettes. Son manque de dents, de virilité et de connaissance ne lui permirent pas de nous donner une réponse.

    Avant de partir, je m'employais à briser toutes les ampoules de l'hôtel particulier. C'est à ce jour toujours mon record : 148 ampoules brisées !

    Ron a refusé que nous laissions les chiens dans la maison, pour éviter que le Russe ne se venge dessus. Aujourd'hui, les trois chiens vivent toujours avec Ron dans son appartement, au grand désespoir de ses voisins.

    Nous n'avons plus jamais eu de nouvelles du Russe, qui a disparu le lendemain de notre visite et n'a plus jamais donné signe de vie.

    Par contre, trois jours plus tard ses deux hommes de main ont essayé de nous tendre un guet-apens : ils n'auraient pas dû faire ça au moment où nous emmenions faire vacciner les chiens de Ron chez le vétérinaire. Les hommes de main ont également disparu de la circulation, probablement à la recherche d'un dentiste très calé en prothèses.

    Depuis, on a la paix du côté des Ruskoffs. Ça ne durera peut-être pas, ou peut-être que ça durera.

    Souvent on pense que l'on pourrait changer le monde avec une machine à remonter le temps. Moi je pense qu'on peut déjà faire beaucoup avec une simple machine à démonter les dents. 

     

    Plus personne ne nous a jamais proposé de gaufrettes au cours d'une de nos opérations de recouvrement. 

    Mais Ron s'est depuis pris de passion pour les Pépitos.

    C'est la vie.

     

     


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    Chers sujets,

     

    Comme vous le savez, depuis deux ans, les tavernes, les estaminets et les cabarets dédiés à la populace sont fermés, suite à la très grave épidémie de Mouchette de la Vouivre qui a frappé notre belle contrée.

     

    J'ai cependant décidé, dans ma grande mansuétude, de procéder à la réouverture partielle de ces établissements à compter du Loudi 11 Fleurôse.

     

    Afin d'éviter une reprise de l'épidémie, les règles suivantes devront être appliquées à la lettre, sous peine d'amputations irréversibles :

     

    Concernant les tavernes et estaminets :

    • Un seul convive par table.

    • Les mets proposés aux convives devront avoir été cuits à température bouillonnante pendant un minimum de 21 heures.

    • Le port du casque à pointe intégral est obligatoire pour le personnel en cuisine et en salle, mais aussi pour les convives, qui devront se présenter dans les établissements munis de leurs pailles personnelles.

    • Les plats, soupes et boissons  proposés devront contenir au minimum un tiers de purée de sangsue grise et un tiers de bile de Gnome des Roches, conformément aux recommandations de mon Trio d'Apothicaires Royaux Échevelés.

    • Les convives qui éprouveraient le besoin de se soulager au cours du repas se verront remettre à la sortie de l'établissement leurs fèces, miasmes et urines, qui auront été préalablement collectés et empaquetés par le personnel de l'établissement. Charge aux convives d'en disposer dans leurs propres latrines lors de leur retour à leur domicile.

     

    Concernant les cabarets :

    • Un seul convive par spectacle.

    • Les troubadours, danseuses, amuseurs publics et autres jongleurs devront se positionner dos au spectateur afin de ne pas l'asperger de leurs miasmes.

    • Le spectateur devra conserver en permanence son casque à pointe intégral sur la tête pendant toute la durée de la représentation.

    • Le spectateur qui éprouverait le besoin de se soulager au cours du spectacle auquel il assiste se verra remettre à la sortie de l'établissement ses fèces, miasmes et urine qui auront été préalablement collectés et empaquetés par le personnel de l'établissement. Charge au spectateur d'en disposer dans ses propres latrines lors de son retour à son domicile.

     

    En sus de ces dispositions :

    • Tout établissement dans lequel un convive ou un hôte serait atteint de la Mouchette de la Vouivre (morve bleue épaisse sortant des narines, vomissement de sangsues, suées nauséabondes abondantes) sera immédiatement fermé et entièrement brulé. (Avec à l'intérieur les convives et le personnel de l'établissement présents lors de la détection de la maladie).

     

    Le corps des Sénéchaux du Royaume de Brie est en charge de l'application du présent décret.

    Tout contrevenant sera amputé sur le champ d'un membre supérieur, ou du nez si sa taille est jugée suffisante. Si le contrevenant n'a plus ni membres supérieurs ni nez adéquat, la peine s'appliquera sur les membres inférieurs.

     

     

    Mes chers sujets, ces dispositions sont contraignantes, je le sais. Mais seule une application stricte de ces règles nous permettra de retrouver la prospérité et le bonheur qui fuient depuis déjà deux longues années mon beau Royaume.

    Grâce à vos efforts et à ma grande clairvoyance, la Mouchette de la Vouivre ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir.

    Vous pouvez vous rassoir.

     

    Reine Heuse.


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  • Manuscrit de JK Duchemin, écrit au crayon de papier :

     

    Ce matin là, je me suis levé vers 5h30, comme d'habitude. 

    Comme d'habitude, j'ai voulu me faire du café : il n'y en avait presque plus dans le paquet que j'avais presque terminé la veille, j'ai donc ouvert le placard dans lequel je rangeais mon café. Je savais pertinemment qu'il y avait plusieurs paquets dans ce placard, pour les y avoir placés moi même.

    Dans le placard, à la place normalement occupée par le café, il y avait la tête d'un homme que je ne connaissais pas, dans un de mes plats Pyrex®. Il y avait un peu de sang dans le fond du plat. 

     

    J'ai refermé le placard, et j'ai décidé de faire du thé. J'ai même commencé à faire chauffer de l'eau dans ma bouilloire avant de pleinement réaliser ce que je venais de voir.

     

    Je suis resté avachi devant la petite table de ma cuisine quelques minutes afin de mobiliser tout mon courage disponible. Il fallait que j'ouvre à nouveau ce placard. J'avais peut être rêvé. 

     

    C'est du bout des doigts que j'ai ouvert mon placard pour la seconde fois. La tête coupée était toujours dans son plat, au milieu de mon placard à épicerie, entre les boites de thon, les nouilles, les paquets de riz basmati et les paquets de soupe lyophilisée. Et, cachés derrière la tête coupée, il y avait bien mes paquets de café. 

     

    Dans un état second, j'ai tout de même vu qu'il s'agissait d'un homme relativement jeune, le teint blafard, les cheveux noirs. Le visage était marqué par une expression d'horreur, bouche et yeux grands ouverts dans un long cri soudainement interrompu.

     

    J'étais bien content de ne pas avoir pris mon petit déjeuner avant d'ouvrir mon placard.


    Une fois les hauts de cœur passés, j'ai appelé la police. Il était 5h39.

    La conversation a été assez surréaliste. 

     

    • Police secours, Chef Dugard, à qui ai-je l'honneur ? Décrocha une voix d'homme épaisse au bout du 17.

    • Bonjour, je suis Jean-Kevin Duchemin, je vous appelle parce que je viens de trouver une tête d'homme tranchée dans un des placards de ma cuisine. 

    • C'est une plaisanterie ?

    • Pas du tout, Monsieur, je vous assure, je viens de trouver la tête d'un homme dans un de mes plats Pyrex®, au milieu de mon placard à spaghettis.

    • Donnez moi votre adresse, je vous envoie une équipe. 

    • 227 Boulevard du 14 Juillet, à Bonsouffle. Appartement 317.

    • Très bien Monsieur, une équipe sera sur place dans moins de quinze minutes. Ne bougez pas de chez vous, ne touchez à rien, on arrive.

    • C'est d'accord, je vous attends. 

       

     

    Après avoir raccroché, j'ai hésité à bouger. J'ai toujours été très suiveur des consignes des autorités. Une fois, je suis resté quarante cinq minutes à un feu rouge qui refusait de passer au vert. Avant de de me rendre compte qu'il fallait que j'avance sur une plaque détectrice avec ma voiture pour que le feu change de couleur. Mais j'ai tout de même décidé d'aller m'habiller, je ne voulais pas recevoir les gendarmes en pyjama. Il y a des choses qui ne se font pas.

    Quand je suis entré dans la salle de bains pour mettre mon pyjama dans le bac à linge, j'ai été assez surpris de constater qu'il y avait un corps sans tête, nu, dans ma baignoire. Ça m'a fait encore un choc. J'ai connu des façons plus agréables de débuter une journée.

     

     *=*=*

     

    Quelques minutes plus tard, on a sonné à la porte de l'appartement. Je suis allé ouvrir à trois gendarmes. Les deux plus jeunes avaient tous les deux l'air excité, la main sur l'étui de leur arme. Le troisième, un adjudant relativement petit, plus âgé, semblait beaucoup plus calme que ses adjoints. Il m'a tout de suite fait penser à un vieil épagneul breton. Il en avait le regard, à la fois doux et éteint. 

    • Je suis bien content de vous voir, leur dis-je, je viens juste de trouver l'autre morceau ! Je ne comprends pas comment on a pu déposer le corps d'un homme dans mon appartement pendant que je dormais !

    • Quel autre morceau ? demanda l'adjudant.

    • Le corps qui doit correspondre à la tête, pardi !

    L'adjudant échangea un regard avec ses collègues, du genre « on est encore tombé sur un zinzin ». 

    Il me dit : 

    • Vous êtes seul dans l'appartement ?

    • Je pensais l'être, avant de trouver ce Monsieur en morceaux. 

    • Et si vous nous montriez tout ça ? 

    • Bien entendu, suivez moi. Ne vous embêtez pas avec les patins, il n'y en a pas assez pour tout le monde, de toute façon. 

    Je les conduisis aussitôt à la cuisine, où ils purent tous constater la présence de la tête dans mon plat Pyrex®, puisque j'avais pris soin de laisser la porte du placard ouverte. 

    L'adjudant, livide, se tourna vers moi :

    • Et vous avez le reste du corps où ?

    • Dans la salle de bains, je viens de le trouver en mettant mon pyjama au sale. Venez.

    Je les emmenai aussitôt à la salle de bains. Le corps sans tête était toujours dans la baignoire. Je ne voyais pas comment il aurait pu en bouger. Il n'y a que dans les films que les corps sans tête se déplacent tous seuls.

    Cette fois ci, l'adjudant et ses deux adjoints blanchirent encore un peu plus. L'adjudant parla rapidement dans son talkie walkie, très vite, si vite que je ne compris pas un traitre mot de ce qu'il racontait. Son interlocuteur accusait réception de façon laconique, en égrenant les « reçu mon adjudant ». 

    L'adjudant, j'apprendrai un peu plus tard que son nom était Bonoreille, me posa ensuite une série de question :

    • Vous connaissez la victime ?

    • Non, je n'ai pas la moindre idée de qui il s'agit. Je viens de le trouver ce matin. 

    • Votre porte d'entrée était fermée cette nuit ?

    • Je suppose que oui, vu qu'elle l'était quand je vous ai ouvert. Et de toute façon le verrou était tiré aussi. 

    • Quelqu'un d'autre que vous à les clefs de l'appartement ?

    • À part le syndic qui a un passe, non, personne. 

    • Et vous êtes certain qu'hier soir le corps n'était pas déjà en place quand vous vous êtes couché ?

    • Pour la tête, je ne sais pas, je n'ai pas ouvert mon placard hier soir, j'ai mangé une pizza. Pour le corps de la salle de bains, j'en suis sûr, si il avait été là quand je me suis lavé les dents, je m'en serais aperçu. 

    • Vous avez touché le corps ou la tête avant notre arrivée ?

    • Non, bien sûr que non, pour quoi faire ?

    • Très bien, dit-il, on va vous emmener à la brigade pour votre déposition, si vous voulez bien, Monsieur Duchemin. Et je vais devoir faire venir d'autres équipes pour procéder aux constatations.

    • D'accord, je suppose qu'on ne peut pas faire autrement.

    • Non, c'est la procédure.

    • Je pourrai appeler mon employeur pour le prévenir de mon retard à mon travail ?

    • Oui, vous pourrez faire ça à la brigade. Qu'est ce que vous faites comme travail, Monsieur Duchemin ?

    • Je suis équarrisseur à la Somarovia. C'est pour ça que je ne suis pas énormément choqué, je suis habitué à voir du sang et des cadavres toute la journée. Enfin, surtout des cadavres d'animaux, mais c'est un peu la même chose. Par contre je peux vous assurer que je n'ai jamais ramené de travail à la maison. 

    Ma blague n'a arraché de sourire à aucun des gendarmes. Par contre j'ai bien vu que l'énoncé de ma profession avait retenu toute leur attention. 

     

    Avant de descendre en bas de l'immeuble, l'adjudant fit une fouille rapide de l'appartement, en évitant de toucher à quoi que ce soit, puis demanda à l'un de ses adjoints de rester de garde devant la porte, dans l'attente du légiste et des équipes scientifiques. 

     

    Nous descendîmes les trois étages lentement, comme une procession funèbre. Le jeune gendarme qui était derrière moi avait toujours la main sur son arme. Elle n'avait pas quitté cette place depuis que je leur avais ouvert ma porte.

     

     *=*=*

     

    J'ai ensuite été conduit à la brigade de Bonsouffle. L'adjudant et un Lieutenant m'ont conduit dans une petite salle pour prendre ma déposition. Ils ont bien pris soin de me dire que je comparaissais comme témoin et que j'étais libre de repartir à tout moment si je le souhaitais. Tout en me faisant comprendre qu'ils avaient besoin de mon aide pour résoudre cette affaire, et que ce serait vraiment mieux pour l'enquête si je restais.

    Ils m'ont laissé appeler mon employeur, qui n'a pas cru un mot de mon histoire et qui commençait à m'engueuler comme du poisson pourri au téléphone. J'ai demandé à l'adjudant s'il pouvait lui confirmer ce qui se passait, ce qu'il a fait succinctement avant de raccrocher. 

     

    Ensuite, ils m'ont demandé si ils pouvaient prendre mes empreintes et prélever mon ADN, pour que la police scientifique puisse travailler le plus rapidement possible à identifier les empreintes qui n'étaient pas les miennes. 

    J'ai accepté, évidement. 

     

    Il faut reconnaître qu'ils ont été très généreux en café, en gâteaux secs, en boissons. Ils m'ont même offert un gros sandwich au pâté pour mon déjeuner, avec une bière sans alcool. 

     

    J'ai compris plus tard qu'ils faisaient tout pour me garder dans leurs locaux, retardant le plus possible le début de ma garde à vue. C'est mon avocate, Maître Saint Jean, qui me l'a expliqué un peu plus tard dans l'après midi, après que l’Adjudant Bonoreille et le Lieutenant Crachin m'aient notifié ma garde à vue, avant de me piquer les lacets de mes chaussures et la ceinture de mon pantalon. 

     

     *=*=*

     

    J'étais installé dans une petite salle d'interrogatoire quand Maître Saint Jean est entrée dans la pièce. C'était une jeune femme brune d'à peine trente ans, pleine d'assurance et assez joviale.

     

    • Bonjour Monsieur Duchemin.

    • Bonjour Madame.

    • Je me présente : Maître Saint Jean. Je suis l'avocate qui a été commise d'office pour votre cas. J'ai eu le temps de prendre connaissance du dossier qui m'a été remis, et qui est très vague. Vous pouvez me dire ce qui vous arrive, exactement ? 

     

    J'ai donc entrepris de lui raconter mon aventure matinale, qui était relativement simple. 

     

    • Et comment expliquez vous la présence de cet individu dans votre appartement ? Demanda mon avocate, perplexe.

    • Je ne l'explique pas. Je n'y comprends rien.

       

    Elle plongea quelques instants dans le dossier, avant de me livrer un premier verdict : 

     

    • Très franchement les faits ne plaident pas en votre faveur, mais pour le moment d'un point de vue matériel il n'y a pas beaucoup d'éléments contre vous, surtout que vous avez eu le bon réflexe d'appeler la police dès que vous avez trouvé le corps.

       

    Elle reprit : 

    • Je pense que pour le moment votre mise en examen est avant tout technique. Les gendarmes vous retiennent en attendant que les enquêtes techniques, comme les relevés d'empreintes ou d'ADN reviennent.

     

    Dans les heures qui ont suivi, j'ai de nouveau été interrogé par les enquêteurs, principalement le Lieutenant Crachin, qui s'est borné à répéter les mêmes questions que celles du matin. Je lui ai donné les mêmes réponses, je n'en avais pas d'autres. Mon avocate a assisté à l'interrogatoire, mais n'a rien dit. 

    J'ai passé la nuit en cellule, mon avocate m'avait dit que plus rien ne se passerait avant que les équipes techniques ne rendent leur verdict. 

     

    *=*=*

     

    Le lendemain, vers 10 heures du matin, on est venu me chercher dans ma cellule et on m'a ramené dans la petite salle d'interrogatoire de la veille. 

    L'avocate m'y a rejoint quelques minutes plus tard. 

    • Bon il y a du nouveau : la plupart des analyses sont revenues cette nuit. On va en savoir plus dans quelques instants. 

     

    Le lieutenant Crachin entra peu après, en compagnie de l'Adjudant Bonoreille.

     

    • Monsieur Duchemin, le plat Pyrex®, celui qui contenait la tête, portait vos empreintes. 

    • C'est un peu normal, c'est le mien après tout. Il n'y en a pas d'autres que les miennes ?

    • Non, rien d'exploitable. Vos empreintes ont également été trouvées sur la baignoire et dans la salle de bains. Nous n'avons trouvé aucune empreinte exploitable dans l'appartement hormis les vôtres. Les résultats des recherches ADN ne seront pas là avant plusieurs jours. 

      Selon le rapport du légiste l'individu est mort entre 17 heures et 19 heures hier soir et son corps a été déplacé, il n'est pas mort à l'endroit où il a été trouvé. Que faisiez vous à ces heures là, lundi ?
    • À 17 heures, je rentrai du travail. J'ai garé ma voiture et je suis allé faire mon tiercé au bar du coin. Puis j'ai fait des courses au Carrefour City d'à côté.

    • Qu'avez vous acheté ?

    • Une pizza surgelée, un pack de bière, des poires et un camembert. Je crois que c'est tout. Ensuite je suis rentré chez moi, un peu avant dix huit heures trente. 

    • Ça ne va pas arranger vos affaires, tout ça, soupira l'Adjudant.

     

    Quelques heures plus tard, j'ai été amené devant le procureur de la république, au tribunal de Mareuilly les Bains. En présence de mon avocate, il m'a notifié ma mise en examen et mon maintien sous mandat de dépôt. Mon avocate a essayé de me rassurer, m'expliquant que compte tenu des circonstances il était logique que le parquet procède ainsi, au moins jusqu'à l'obtention des analyses scientifiques.

    Je me suis donc retrouvé à la maison d'arrêt de Floyens. Je dois dire que les premiers jours ont été difficiles, mes compagnons de cellule n'étant pas des plus accueillants. Le premier jour je me suis fait voler mes chaussures, le deuxième jour ils ne m'ont rien laissé manger, et le troisième jour il y en a un qui a essayé de m'étrangler. Je ne me suis pas trop mal défendu et par la suite on ne m'a plus trop ennuyé. 

     

    *=*=* 

     

    Quinze jours plus tard, on m'a sorti de ma cellule pour une visite de mon avocate.

    On m'a conduit dans une salle grise, éclairée par des néons. Maître St Jean était installée devant une petite table sur laquelle des dossiers étaient étalés. Le gardien est ressorti et nous a enfermé dans la pièce, après nous avoir indiqué la sonnette placée à côté de la porte, pour qu'on vienne nous chercher quand nous aurions fini. 

    Maître St Jean a désigné une chaise libre de la main.

    • Bonjour Monsieur Duchemin, asseyez vous, je vous prie.

    • Bonjour Maître. Vous avez des nouvelles de l'enquête ?

    • J'en ai, elles ne sont pas toutes très bonnes, mais dans l'ensemble c'est plutôt positif. 

    Elle reprit :

    • L'homme qui a été trouvé chez vous a été identifié, c'est un certain Gianni Vincenza, originaire de Toscane. Ça vous dit quelque chose ?

    • Non, ça ne me dit rien. 

    • Vos déclarations ont été confirmés pour l'heure du crime, il y a plusieurs témoins qui se souviennent de vous avoir vu au bar et au magasin. On a retrouvé des traces de votre ADN sur le corps de la victime, mais vu qu'il était dans votre baignoire ça peut s'expliquer. Le point positif c'est qu'il n'y a pas votre ADN sur sa tête, et que les services de la police n'ont pas retrouvé de sang dans le siphon de votre baignoire, ni dans aucune de vos canalisations. Il n'ont pas retrouvé non plus de sang ou d'ADN du mort dans votre voiture. Ils n'ont également trouvé aucune trace de sang dans votre appartement, ce qui confirme que le meurtre n'a pas eu lieu chez vous. Le point négatif c'est qu'il n'a été identifié aucune autre trace ADN que la votre sur le cadavre.

    • C'est suffisant pour me laisser en prison, le fait qu'il n'y ait pas d'autres traces ?

    • Non, mais ce qui est ennuyeux c'est l'absence d'effraction. Votre serrure a été expertisée à ma demande, pour trouver des traces de forçage de la serrure. Et les conclusions ne nous sont pas vraiment favorables. Pour les experts, il n'y a pas de preuve solide que la serrure ait été récemment forcée. Vous êtes certain de n'avoir jamais perdu un trousseau de clefs ?

    • Non, je l'ai dit la dernière fois aux gendarmes, je n'ai jamais perdu mes clefs. Et j'habite cet appartement depuis plus de vingt ans. Je n'y comprends rien. 

    L'avocate reprit : 

    • Bon, j'ai fait une demande de remise en liberté, compte tenu du fait qu'il n'existe ni mobile apparent, ni arme du crime et que vous êtes celui à avoir prévenu les autorités. J'ai bon espoir d'être entendue par le juge.

    • Je pourrais donc être libéré ? 

    • Oui, c'est une possibilité, mais je doute qu'ils annulent la mise en examen tant qu'il n'auront pas résolu le mystère de la présence du corps dans votre appartement.

     

    *=*=*

     

    Quelques jours plus tard, après deux rencontres encadrées par les gendarmes chez le juge d'instruction, j'ai été relâché. Il m'a été notifié par le juge que je ne pouvais pas retourner vivre dans mon appartement, car il était « sous scellés ». Un policier m'a accompagné pour que je puisse y prendre quelques affaires, et récupérer mon courrier. En repartant, il m'a confisqué mon jeu de clefs. Il m'a par contre rendu mes clefs de voiture. 

    J'étais un peu perdu en sortant de chez moi. J'ai décidé d'aller à l'hôtel en attendant de trouver une solution de logement. 

     

    C'est comme ça que j'ai passé ma première nuit de liberté dans un hôtel Premier Prix de la périphérie de Bonsouffle. Un hôtel sans accueil, dans lequel tout se fait au guichet d'une machine. La chambre était petite mais propre. 

    J'ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil, ayant du mal à m'adapter à mon retour à la solitude, mais j'ai fini par m'endormir. 

     

    Le lendemain matin j'ai voulu prendre une douche. En tirant le rideau en plastique opaque de la douche j'ai trouvé le corps d'un homme nu. Sans tête. Il était assis dans le receveur, contre la paroi en plastique. Quand j'ai pu regarder une deuxième fois, j'ai vu que sa tête reposait entre ses jambes.

    Le cauchemar recommençait.

     

    Je dois dire que j'ai beaucoup hésité à appeler la police. J'ai fini par joindre Maître Saint Jean, qui m'a dit que je n'avais pas vraiment d'autre option que de les appeler. Elle m'a donné l'impression de ne pas me croire, quand je lui ai dit que je n'y étais pour rien.

     

    *=*=*

     

    Les gendarmes ne m'ont pas cru non plus, cette fois. Ce sont les mêmes qui sont venus faire les constatations, ils n'en croyaient pas leurs yeux. 

    J'ai même cru discerner une forme de déception dans l'oeil de l'Adjudant Bonoreille. C'était peut être la raison pour laquelle il ressemblait à un épagneul : il devait probablement accumuler toutes les déceptions que son métier lui procurait dans son port de tête et dans son regard. 

    Cette fois, ils m'ont passé les menottes directement. 

    Le soir même, malgré l'affirmation sincère de mon innocence au cours des interrogatoires, j'étais mis en examen pour meurtre, et reconduit à la maison d'arrêt de Floyens, où j'ai retrouvé mon ancienne cellule, sous les regards goguenards de mes codétenus. 

     

     

    Dans les semaines qui suivirent, Maître St Jean vint me rendre visite à plusieurs reprises. C'est elle qui me communiquait la plupart des informations sur les enquêtes, et qui me traduisait le charabia juridique du juge d'instruction.

    Une fois encore le corps appartenait à un complet inconnu, toujours Italien, un certain Paolo Rossetto. Il n'avait pas non plus été tué dans ma chambre d'hôtel mais déplacé après le meurtre. Il n'y avait aucune preuve formelle contre moi, hormis que le cadavre était dans ma chambre et que celle ci était fermée à clef. Mais cette fois ci, personne n'a voulu entendre que je n'avais rien à voir avec l'affaire. 

    Mon métier ne plaidait pas en ma faveur, selon Maitre St Jean. Cela faisait même de moi le coupable idéal. Le jury aurait forcément des a priori. 

      

    Elle n'avait pas tort : j'ai été condamné un peu plus de six mois plus tard à 25 ans de réclusion pour les deux meurtres. Sur les conseils de mon avocate, j'ai fait appel. J'ai été recondamné à la même peine un an plus tard. Maitre St Jean semblait déçue de ne pas être parvenue à réduire un peu ma peine, mais je voyais bien qu'au fond elle ne croyait pas à mon innocence. C'était trop difficile pour les connaisseurs du dossier d'imaginer que je n'y étais pour rien. Les deux hommes que j'avais découvert à mon réveil étaient des travailleurs saisonniers sans histoire, tous les deux pères de famille au casier vierge. Ils n'avaient ni liens avec la mafia, ni problèmes de couple, ni relations douteuses. 

    Dans la presse locale j'étais devenu une petite célébrité, j'avais été surnommé "l'Equarrisseur de Bonsouffle" et le "Tueur des Salles de Bains". 

     

     *=*=*

     

    Pendant ces deux affreuses années, la seule chose que voulaient obtenir les gendarmes, le procureur et les juges, c'était mes aveux. Ils voulaient tous savoir de quelle façon j'avais procédé, à quel endroit j'avais tué les victimes, comment j'avais fait disparaître les traces, quelle était l'arme du crime et où je l'avais cachée. 

    Je soupçonne même l'un de mes co-détenus d'avoir travaillé comme informateur pour le procureur. Il m'a harcelé de questions pendant des mois, en vain.

    Mais quels aveux aurais-je pu faire ? J'étais innocent !

    Mon avocate avait fait valoir pas mal d'arguments en ma faveur lors des procès : pas d'arme du crime, pas de trace des victimes dans mon véhicule, pas de sang sur mes vêtements, pas de mobile, scènes de crime inconnues, aucune trace de moi sur des vidéos de télésurveillance à l'heure supposée des crimes. Si j'avais été un tueur sanguinaire aussi doué, pourquoi aurais je laissé les victimes dans mes salles de bains, pourquoi aurais-je appelé la police ? 

    Je n'étais pas fou, les trois psychiatres qui m'avaient expertisé m'avaient jugé sain d'esprit. Ce qui à mon avis n'était pas le cas pour au moins deux d'entre eux. 

    La justice n'aime pas l'inexplicable. Si il y a meurtre, il y a forcément un coupable. La théorie du suicide par décapitation dans la salle de bains d'un inconnu avait assez vite été écartée par les enquêteurs. 

    Ce qui m'a vraiment fait du tort, c'est l'impossibilité pour mon avocate de présenter une hypothèse crédible qui expliquerait la présence des cadavres dans mes salles de bains à mon réveil. 

    Maître St Jean s'est échinée à démontrer que j'étais victime d'un complot. Les vrais criminels, très silencieux, revêtus de combinaisons étanches, étaient entrés à mon insu et avaient déposé les corps avant de repartir comme ils étaient venus, avec l'aide d'un passe. Cette explication alternative n'a convaincu personne. Si les victimes avaient été connues des services de police, ç'aurait été plus facile à avaler. Et pourquoi aurais-je été pris pour cible par des inconnus à deux reprises, dans deux endroits différents ?

     

    *=*=*

     

    J'ai été transféré quelques jours après mon deuxième procès dans la maison centrale de Romazeux, à plus de 350 kilomètres de Bonsouffle. Contrairement aux usages, j'ai été placé immédiatement dans une cellule individuelle, le directeur et le chef des gardes ayant préféré éviter de me mettre au contact de co-détenus, au vu de mes antécédents supposés. 

     

    C'était la première fois que je dormais seul dans une pièce depuis ma nuit dans l'hôtel Premier Prix de Bonsouffle. Avec un peu de chance, si tout se passait bien, j'allais pouvoir postuler à une demande le liberté conditionnelle dans une quinzaine d'année. Ce qui ne me ferait qu'à peine soixante ans à ma sortie potentielle.

     

    Le lendemain matin, au réveil, j'ai trouvé la tête d'un homme dans la cuvette de mes toilettes. 

    Le reste du corps se trouvait sous mon lit. Probablement parce qu'il n'y avait ni douche ni baignoire dans ma cellule. 

     

    Après avoir appelé le gardien, il n'a pas fallu plus de vingt minutes avant que le directeur ne pénètre dans ma cellule avec les gendarmes. 

     

     *=*=*

     

     

    Trois heures plus tard, mon interrogatoire débutait, toujours en présence de Maître St Jean, qui cette fois semblait complètement décomposée, et me regardait étrangement. Je ne le savais pas encore, mais c'était la dernière fois que je la voyais. 

    Cette fois ci, dès le début de l'interrogatoire, j'ai craqué, je n'avais plus rien à perdre. J'ai tout déballé. C'est sorti un peu en vrac, mais j'ai tout dit. 

    J'ai avoué mon enlèvement dans le monde du dessous par deux Elfes des Bois, l'avant-veille de la découverte du premier cadavre dans mon appartement. Ils m'avaient choppé à la sortie de mon boulot, ils étaient planqués à l'arrière de ma voiture. J'ai à peine eu le temps de voir leurs drôles de bobines et leurs grandes oreilles dans le rétroviseur, il y en a un qui m'a attrapé les épaules pendant que l'autre me jetait une sorte de poudre jaune sur la tête, j'ai aussitôt perdu connaissance. Je me suis réveillé dans le monde du dessous. Un endroit vraiment étrange, difficile à décrire, dans lequel il ne fait ni jour ni nuit, peuplé de toutes sortes de monstres singuliers. 

    J'ai avoué aux enquêteurs avoir été jugé dans le monde du dessous, au motif que j'aurais passé dans le broyeur de mon usine d’équarrissage le corps de la fille du Roi des Arbres. (Pour ma défense elle ressemblait vraiment beaucoup à un chevreuil écrasé. C'est vrai qu'il est rare de voir des chevreuils avec des colliers, mais je ne pouvais pas deviner non plus que c'était la Princesse des Arbres, vu que je ne savais même pas qu'il y avait des Princesses des Arbres dans le monde du dessous. D'ailleurs je ne savais même pas qu'il y avait un monde du dessous). 

    J'ai expliqué aux enquêteurs que je n'étais pas resté très longtemps dans le monde du dessous, car j'avais été jugé sur le champ. Enfin, pas vraiment sur le champ, le procès à eu lieu dans une clairière. Si j'avais été jugé dans un champ, c'est certainement le Roi des Récoltes qui m'aurait jugé. Mais à ma connaissance je n'ai pas broyé sa fille, donc la question ne se posait pas. Je n'ai même pas eu droit à un avocat, soi-disant que ça n'existerait pas dans le monde du dessous.

    J'ai avoué aux enquêteurs ma condamnation par le Roi des Arbres à la détention à perpétuité dans le monde du dessus. (Les Elfes m'ont expliqué en me remontant dans le monde du dessus que pour des raisons techniques un homme du dessus ne peut pas être mis en prison dans le monde du dessous, car il paraît que les hommes du dessus ne vieillissent pas dans le monde du dessous, ce qui rendrait la perpétuité problématique).

    J'ai aussi avoué aux interrogateurs (qui semblaient assez surpris par mes aveux) que j'ignorais au départ la façon dont ils allaient procéder pour me faire condamner à la prison du dessus, c'est à dire la prison d'ici. Surtout qu'au début, quand je me suis réveillé chez moi, j'ai cru que j'avais rêvé. C'était la veille de la découverte du premier cadavre, la journée s'est déroulée très normalement. Celle du lendemain un peu moins.

    J'aurais bien aimé que l'Adjudant Bonoreille soit là, mais on était loin de son secteur, il n'avait pas été convié. Son écoute attentive et bienveillante m'aurait fait du bien.

    J'expliquai donc à ceux que j'avais sous la main que ce n'est qu'après la nuit à l'hôtel Premier Prix que j'avais réalisé ce que faisaient ceux d'en dessous : pour me faire condamner, ils déposaient dans mon logement toutes les nuits un cadavre, à chaque fois que c'était possible, c'est à dire quand j'étais seul. Pas étonnant que la police scientifique ne trouve pas de trace d'autre ADN que le mien sur les cadavres : il aurait été étonnant qu'elle soit équipée pour détecter de l'ADN d'Elfe des Bois. Et si ça se trouve, les Elfes ont des moyens magiques d'effacer leurs traces. Bon c'est vrai, j'en sais rien, c'est juste une supposition. 

    Enfin, j'ai avoué aux enquêteurs que je n'avais pas osé leur raconter la vérité auparavant, de peur qu'il me prennent pour un fou. Le jour du premier cadavre, j'étais encore persuadé que mon aventure dans le monde du dessous n'avait été qu'un mauvais rêve, et je n'ai pas immédiatement fait le lien.

     

     *=*=*

     

    Bon, ils ne m'ont pas cru. Maître St Jean peut être encore moins que les autres. Je m'en doutais un peu. 

    Je n'ai pas été jugé pour le troisième cadavre (cette fois ci c'était un jeune sri-lankais sans papiers, il ne devait plus y avoir d'Italiens disponibles). 

    Je n'ai pas été jugé non plus pour le quatrième, trouvé dans ma chambre moins de 24 heures plus tard, alors que je venais de passer ma première nuit dans l'hôpital psychiatrique de Mougins sur Fy. Je n'ai jamais su qui était cette quatrième victime, personne n'ayant jugé bon de m'en informer. C'est ce jour là que Maître St Jean m'a laissé tomber. Elle a prétexté un empêchement pour ne pas venir m'assister lors de l'interrogatoire. À la place j'ai eu droit à un vieil alcolo grincheux qui puait la vinasse et qui ne m'a pour ainsi dire jamais adressé la parole. 

    Depuis ce quatrième cadavre, jamais on ne m'a laissé passer une nuit seul dans une chambre. Il y a toujours en permanence un surveillant avec moi, toutes les nuits. Et je suis attaché aux barreaux du lit avec des menottes. Je précise que ça n'a rien de sexuel.

    Dix ans que ça dure. 

    J'ai reçu la visite de l'Adjudant Bonoreille, il y a quelques semaines. Il est en retraite depuis quelques mois. Il m'a confié qu'il était tenté de me croire, qu'il ne me croyait pas fou. Cela m'a fait beaucoup de bien. 

    Mais il m'a également dit que sans preuves, ce serait compliqué de faire évoluer ma situation. Ça m'a fait du mal. 

     

    Depuis quelques temps, je fais toujours le même cauchemar, dans lequel, alors que je suis vieux et sur le point de passer l'arme à gauche, le Roi des Arbres me fait à nouveau kidnapper, puis me fait jeter dans une geôle immonde du monde d'en dessous. Pour l'éternité.

     

    Et dire que si je n'avais pas fait cadeau du collier de la Princesse des Arbres à une Fée des Lacs déguisée en entraineuse de bar, rien de tout cela ne serait arrivé...

     

     

    PS :

    Merci à Madame Jawazyazk, nouvelle directrice de l'hôpital, d'avoir accepté de me fournir du matériel d'écriture, dix ans après ma première demande.

    J'ai enfin pu écrire mon histoire, et quelque part, c'est un soulagement. 

     

     

     

     

    Note attachée au manuscrit :

    Moins de dix jours après l'écriture de ce récit, Jean-Kevin Duchemin a disparu de sa chambre. Le lendemain matin, au pied de son lit, on a retrouvé le corps décapité du surveillant qui était de garde pour la nuit. La tête du pauvre surveillant avait roulé sous le lit. Les menottes qui entravaient Jean-Kevin Duchemin étaient toujours attachées aux barreaux du lit, mais il n'était plus au bout. La grande quantité de sang retrouvée dans la chambre et sur les menottes n'a révélé qu'un seul ADN : celui de Jean-Kevin Duchemin.

    Tout laisse à penser qu'il s'est entaillé les poignets avec les menottes, avant de réussir à les retirer, à tuer le surveillant et à s'enfuir, alors que la porte était fermée de l'extérieur par 3 verrous de sécurité et que la seule fenêtre de la chambre était condamnée par des barreaux en métal.

    Malgré tous les efforts de la gendarmerie, de la police, malgré les appels à témoins et la diffusion de sa photo dans les médias, malgré le mandat d'arrêt international qui a été émis à son encontre, Jean-Kevin Duchemin n'a toujours pas été retrouvé. 

    Conformément aux instructions reçues, je remets le présent texte de JK Duchemin (texte complètement délirant, confirmant si besoin était le diagnostic de schizophrénie) ainsi que toutes ses affaires personnelles aux services de l'état mandatés pour poursuivre l'enquête.

     

    Maria Jawazyask, Directrice de l'HP de Mougins sur Fy. 

     

     


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  •  

    N'ayant plus de dents,

    Un éléphant a cessé de s'alimenter.

    La mort approchant,

    Il prend le départ,

    Et se met à rêver.

     

    Rêver à la vie qu'il aurait pu avoir,

    S'il n'avait pas été si trouillard,

    À la vie qu'il aurait eu,

    Sans tous ces malentendus,

    À toutes celles auxquelles il aurait pu plaire,

    S'il avait eu du succès dans les affaires,

    Aux richesses qu'il aurait amassées,

    Si ses talents avaient été dévoilés.

     

    Une fois arrivé au cimetière,

    Le rêve est terminé, 

    L'éléphant doit dire adieu à la vie.

    Il se laisse tomber à terre,

    Au milieu des squelettes blanchis.

     

    Comme les soldats d'une armée en déroute,

    S'enfuient alors ses derniers souffles de vie,

    Mais il est soudain pris d'un affreux doute : 

    Il ne sait plus s'il a fermé le gaz,

    Avant de prendre la route. 

     

    Alors il se relève, tel Pégase,

    Et repart chez lui, pour vérifier.

    Une fois arrivé,

    Le robinet du gaz est bien fermé :

    Il s'est inquiété pour rien,

    Finalement, tout va bien.

     

    Repartant vers le cimetière et son destin,

    Il trouve en sortant un paquet sur son palier.

    Il l'ouvre, et découvre dedans un dentier,

    Commandé juste après son dernier festin,

    Le jour où sa dernière dent était tombée.

     

    Consterné, l'éléphant pousse un long barrissement :

    Un tel oubli est vraiment très embarrassant.

     

     

     


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  •  

    Le Gobelin a trouvé à la fin de l'hiver, dans son jardin, 

    Mille petits cerisiers :

    Ils ont poussé pendant son sommeil,

    À son insu, pas de son plein gré.

     

    Le Gobelin les a découverts ce matin, à son réveil,

    Recouverts de millions de fleurs blanches, 

    Et d'abeilles en train de butiner.

     

    Cet été les fruits vont arriver,

    Les oiseaux bavards vont se régaler,

    Les Trolls vont s'émerveiller,

    Le Gobelin aura de l'ombre le dimanche,

    Du clafoutis en été,

    De la confiture plein le garde-manger,

    Et de l'eau de vie au grenier.

     

    L'hiver venu,

    Le Gobelin fera du feu avec les branches,

    Pour dormir bien au chaud,

    Et rêver à nouveau de pousses spontanées,

    De récoltes miraculeuses,

    De dimanches ensoleillés,

    Passés à l'ombre des cerisiers.

     

    Le pauvre Gobelin ne le sait pas, l'an prochain

    Il ne découvrira dans son jardin que du trèfle,

    Les cerises de cette année sont une méprise,

    Il aurait dû recevoir des nèfles.

     

     

     

     

     


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  •  

    Je bois du thé en hiver

    Et du café en été.

    En période intermédiaire,

    Je suis bien embêté. 

     

    Ce matin, rien à faire :

    Incapable de me décider

    Entre un café et un thé vert.

    J'ai longuement hésité,

    C'est là un de mes travers.

    En vérité, pour clore l'affaire,

    J'étais prêt à boire un grand verre,

    Mais j'ai fini par tout régler

    À coups de révolver :

    Le verre de lait a éclaté,

    Avec la cafetière et la théière.

     

    Mon indécision exécutée,

    J'ai pu reprendre mon ordinaire.

    Avant de bientôt remettre le couvert : 

    Riz ou pâtes pour le déjeuner ? 

     

     

     


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  • Fédération Française de Psychiatrie et de Tennis de Table.

    Message urgent.

     

    Chers Adhérents,

     

    Pendant cette période de confinement, nombre d'entre vous nous rapportent avoir de longs échanges avec des objets inanimés. (chaises, playmobils, bouteilles vides, plantes vertes, époux*).

    En cette période où chacun est soumis à un fort stress, cela est tout à fait compréhensible, et n'a à priori rien d'alarmant. L'essentiel est d'éviter de hausser le ton et de conserver en toutes circonstances un échange courtois. Dans la mesure du possible, nous vous conseillons de prendre le dessus sur votre interlocuteur / trice, afin de ne pas froisser votre amour propre. Nous vous rappelons à cette occasion que les parties sont désormais remportées par le premier à atteindre les 11 réparties gagnantes, ce qui permet d'avoir des échanges courts mais intenses. 

    Toutefois, si vous ne remportez pas vos échanges de façon récurrente et que cela vous inquiète, votre praticien habituel peut vous accueillir via téléconsultation depuis son cabinet de toilette pour établir un rapide diagnostic, si vous y tenez vraiment. 

    Nous vous suggérons toutefois de ne pas tenter de le contacter via un mocassin à glands, à cause de leur débit trop rapide qui risque d'encombrer les lignes. Utilisez de préférence un escarpin à talon plat, ou une basket Air Jordan trouée. 

    Enfin, au rayon des choses vraiment importantes, nous tenons par la présente à pousser un coup de gueule contre la pénurie d'entonnoirs qui fait actuellement rage dans notre belle contrée. Face à cette infamie, la Fédération de Psychiatrie et de Tennis de Table a décidé de prendre les choses en mains. Nous tentons actuellement de modifier notre usine de fabrication de balles pour pouvoir y produire rapidement des entonnoirs de qualité. Nous rencontrons des difficultés techniques importantes, mais certains adhérents de la fédération aux idées très novatrices se sont proposés de nous rejoindre. C'est en de pareilles périodes que l'humanité toute entière avance à grands pas.

    Heureusement que votre Fédération est là pour lui indiquer dans quelle direction progresser. 

     

    Votre bien aimé Président à vie,

    Professeur Demonpaire.

     

     

    * Stoufflants ou non.


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  •  

    Ce matin,

    J'ai décidé, pour la première fois,

    De nettoyer ma salle de bains.

     

    Quel ne fut pas mon émoi,

    En retrouvant dans un coin,

    Sous un tas de poussière,

    Le cadavre du notaire,

    Disparu corps et bien, 

    Il y a presque dix ans je crois,

    Un jour funeste d'inventaire.

    (c'était suite au décès de ma belle mère,

    Qui avait chopé le tétanos au doigt,

    En se coupant avec une petite cuillère.)

    J'ai aussitôt appelé les autorités,

    Qui ont refusé de venir le chercher,

    Prétextant un engorgement sévère

    Des services funéraires.  

    Je vais donc le laisser où je l'ai trouvé,

    En prenant la précaution toutefois,

    D'y planter un petit drapeau en repère,

    Pour le retrouver quand il le faudra. 

     

    J'ai arrêté là mon nettoyage,

    Pourtant à peine entamé :

    On pourra trouver que j'exagère,

    Mais j'avoue manquer de courage

    Pour les tâches ménagères.

     

     

    Monsieur Propprobre


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  • Jour 74

    La pandémie n'a toujours pas diminué en intensité. Le gouvernement vient de restreindre la vente d'essence aux seuls véhicules de police et d'urgence.
    Plus de 90 % des magasins d'alimentation sont désormais fermés, faute de personnel et de denrées à vendre.

    Je n'ai plus d'essence, je ne peux plus aller faire de courses, mais avec les réserves accumulées j'ai calculé que je pouvais tenir 2 ans, au minimum, à condition que l'on ne me coupe pas l'eau. 

     

    Jour 76

    Après plusieurs coupures ces dernières semaines, le réseau internet vient de lâcher. À la radio FM ils disent qu'il sera rétabli sous 48 heures.

     

    Jour 78

    Brigitte est morte ce matin. Je l'ai enterrée au fond du jardin, conformément aux recommandations sanitaires du gouvernement. Les derniers jours ont été affreux. 

    J'ai annoncé la nouvelle par SMS à tous nos contacts (127). Je n'ai reçu que deux réponses. 

    Du coup maintenant j'ai 4 ans de réserves. Je culpabilise d'avoir fait le calcul, mais il faut reconnaitre qu'il n'était pas compliqué à faire. 

     

    Jour 81

    La radio annonce que pour le moment il n'y pas de possibilité de remettre le réseau internet en marche. Le téléphone (hors portable) est également out. 

     

    Jour 83

    Les derniers magasins, qui n'avaient presque plus rien à vendre, viennent de recevoir l'ordre de fermer, suite à des émeutes qui ont fait plusieurs centaines de morts en région Parisienne. 
    Le gouvernement assurera une distribution de denrées de première nécessité en porte à porte avec l'armée. Les personnes qui souhaitent être ravitaillées doivent attacher un linge blanc sur leur porte. J'en ai mis un, je n'en ai pas vraiment besoin mais on est jamais trop prudent. 

     

    Jour 85

    Je me suis rendu compte ce matin en vérifiant les linges blancs attachés aux portes qu'il n'y avait plus que moi de vivant dans ma rue.  Ou bien qu'il n'y avait que moi pour demander de l'aide. 

     

    Jour 88

    J'ai reçu ma première livraison ce matin : cinq kilos de blé, deux poules vivantes, un sac de pommes de terre, un pack de lait, des conserves, des graines à planter au printemps, avec mode d'emploi.

    Je n'ai plus trop de place de stockage, j'ai été obligé d'enterrer une partie de mes provisions dans le jardin. 

     

    Jour 114

    Je me suis fait attaqué dans la nuit, par des pilleurs. Ils ont tout pris, à l'exception de ce que j'avais enterré dans le jardin. Je crois que j'ai plusieurs côtes cassées. J'ai mis plus de deux heures à me détacher de la chaise à laquelle ils m'avaient saucissonné. 

    J'ai mis trois heures à joindre les gendarmes. Qui m'ont dit qu'ils ne pouvaient rien faire. Ils connaissent la bande en question, mais n'ont plus les effectifs suffisants pour tenter une interpellation. Ils ne sont même pas venus prendre ma déposition. 

     

    Jour 128

    J'ai réussi à récupérer deux poules via le ravitaillement de l'armée, non sans mal, en troquant des bouteilles d'alcool. 

    Les militaires m'ont dit que la bande qui m'avait attaqué a été mise hors de nuire par une de leur section d'assaut, qui a récupéré les stocks accumulés, et qui seront redistribués équitablement aux survivants de la région. 

    Bon, j'en récupèrerai quand même une partie, c'est déjà ça.

    Jour 156

    Cela fait deux semaines qu'il n'y a plus eu de ravitaillement gouvernemental. En me rationnant, je peux encore tenir une quinzaine de jours, mais après il faudra bouffer les poules, et ensuite c'est l'inconnu. 

     

    Jour 163

    Il n'y a plus d'électricité depuis deux jours. On avait déjà eu des pannes dans les semaines précédentes, mais cette fois ci, ça ne revient pas. Impossible de joindre quelqu'un au téléphone.

     

    Jour 164

    Plus d'électricité, plus de téléphone, plus de radio, plus de ravitaillement. Ça devient critique.

     

    Jour 169

    Je n'ai rien mangé au cours des 3 derniers jours. Et je trouve que l'eau du robinet commence à avoir un drôle de gout. Ce matin j'ai trouvé une boite de thon qui était tombée derrière un élément de la cuisine. Elle était périmée depuis 4 ans, mais je l'ai mangée quand même. Excellente.

     

    Jour 172

    J'ai enfin réussi à tuer une tourterelle avec la 22 Long Rifle de mon grand père. Il m'aura fallu 47 balles pour en toucher une. À ce rythme là, je pourrai encore en avoir deux avant d'être à court de balles. 
    En plus y'a pas grand chose à bouffer, dans une tourterelle. Je mange le peu de légumes qui poussent dans mon jardin avant qu'ils n'atteignent une taille correcte : on est très con quand on a faim. Bon, c'est vrai, on peu aussi être très con quand on a pas faim. 

     

    Jour 175

    J'ai senti une odeur de barbecue ce midi. J'ai trouvé des inconnus chez les voisins qui étaient en train de rôtir un chien dans la cour. C'est la première fois que je voyais des gens depuis le dernier ravitaillement. Quand je me suis approché d'eux ils m'ont immédiatement mis en joue avec leurs fusils de chasse. Ils sont trois, je n'ai pas insisté et je suis rentré chez moi m'enfermer. Après les chiens, à quoi vont ils s'attaquer ?

     

    Jour 177

    Ils se sont attaqués à moi, évidement. J'ai réussi à en tuer un par surprise, avec un marteau, les autres se sont sauvés. J'ai récupéré un fusil de chasse à canon scié, 8 cartouches, du fil de pêche, de la viande de chien séchée, des hameçons, une radio avec des piles, deux briquets.

    Je n'ai pas pu me résoudre à charcuter le mort pour le manger. Je l'ai enterré. Je le regretterai peut être. 

    La radio diffuse sur toutes les ondes le même message que celui qui était diffusé avant la panne de courant générale. (les règles du confinement, la confirmation de la fermeture des hôpitaux et des commerces d'alimentation, la loi martiale). Je l'ai jetée.

     

    Jour 180

    Ce matin j'ai tenté la pêche, sans succès. Je n'ai jamais été doué pour ce genre de choses.

    Je me suis résolu à visiter quelques maisons sur le chemin du retour, pour un butin très maigre. Quelques boites, quelques cadavres horribles, je me fous d'attraper la maladie, si ça doit se faire ça se fera. 

    C'était la première fois que je sortais de chez moi depuis plus de trois mois. 

     

    Jour 201

    Je visite les maisons de nuit, dorénavant. De jour, avec les groupes de pillards qui trainent, c'est trop dangereux. Il y a deux jours je suis tombé nez à nez avec un groupe d'ados. Si je n'avais pas eu mon fusil de chasse, ils m'auraient bouffé. J'en ai touché un à la jambe, il est probablement crevé dans un caniveau à l'heure qu'il est. 

     

    Jour 222

    Je crois que je déteste les potirons. J'en ai tellement que je n'arriverai jamais à tout bouffer. Je les stocke pour cet hiver, ça me servira à nourrir mes lapins (récupérés dans un clapier, presque morts de soif et de faim).

     

    Jour 237

    Il a neigé hier, très fortement. Je suis obligé de faire du feu depuis quelques jours, au risque d'attirer les indésirables, mais jusqu'à présent je n'ai pas eu de surprises. 
    J'ai vérifié ce matin : aucune trace d'empreintes dans la neige. 

    Je continue mes recherches de nourriture mais ça devient compliqué. Je n'ai pas de quoi passer l'hiver. J'ai assez de whisky et de pinard pour les cinq prochaines années, par contre. C'est toujours des calories bonnes à prendre, et ça soigne la mélancolie. 

     

    Jour 276

    J'ai touché le jackpot hier matin : une réserve de conserve dans une grange, plus grosse que celle que j'avais constitué moi même. Pour plus de sécurité, je vais la répartir entre différentes caches pour ne pas risquer de tout me faire prendre d'un seul coup. D'après mes calculs, j'ai largement de quoi voir venir les prochains hivers.  

     

    Jour 310

    Je me suis rendu en vélo dans un village voisin il y a quelques jours, j'avais fini de visiter toutes les maisons de mon village. J'ai été accueilli à la chevrotine. 
    Je n'y retournerai pas.

     

    Jour 331

    J'ai commencé à planter les graines qui me restaient du ravitaillement de l'an dernier. En espérant que ça pousse un peu mieux cette fois ci. Mais j'ai travaillé sur la question, ça devrait mieux se passer.

     

    Jour 368

    Je suis tombé nez à nez avec un groupe de rôdeurs la nuit dernière, dans la zone artisanale. J'en ai eu un, mais j'ai pris un mauvais coup de couteau. 
    Je crois que je ne m'en sortirai pas. 

     

    Jour 380

    Je ne me remets pas de ma blessure au ventre. Ça ressemble à une septicémie. J'ai avalé des antibiotiques mais ça n'a rien donné. 

    Si vous trouvez ce journal, vous trouverez en dernière page toutes mes planques de nourritures dans le village. 

    Pensez à récolter les légumes, et à récupérer des graines pour les planter au printemps. J'ai une collection d'ouvrages sur le jardinage qui ferait pâlir d'envie Nicolas le Jardinier.

     

    Jour 388

    Ça m'a fait tout drôle de me réveiller dans un hôpital de campagne Chinois.

    Je remange depuis deux jours. J'adore les nouilles ! 

    Je ne comprends rien à leur baragouin, mais ça fait plaisir de retrouver la civilisation. Le campement est superbe, doté d'une grande partie du confort moderne que j'avais oublié, mais quand j'ai voulu aller prendre l'air à l'extérieur du camp, je n'ai pas eu le droit. 

    C'est pas grave, l'essentiel c'est qu'ils nourrissent les prisonniers.

     

     

     

     

     

     


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  • Suite aux rumeurs qui se propagent actuellement sur des sites soit disant "d'information", la Communauté des Fils du Ciel tient à rétablir quelques vérités fondamentales : 

     

    - Le nouveau virus qui se propage actuellement dans notre beau pays n'a pas été créé par les États Unis, mais par le comité scientifique des Fils du Ciel. 

    - Les pâtes ne permettent pas de guérir la maladie. Seul le riz cru, accompagné de bave d'escargot fraichement récoltée, peut atténuer les symptômes pendant quelques heures. 

    - La plupart des conserves disponibles actuellement en magasin ont été contaminées au Covid 19 par des agents de la Communauté des Fils du Ciel. 

    - Toute affiliation à la Communauté des Fils du Ciel dans les 8 jours à venir donne droit au kit d'accueil complet (Baume de guérison du Covid 19, téléphone d'urgence be-bop, Grand livre sacré des Fils du Ciel, crème anti-hémorroïdes, tapis de prière en poil de chat afghan, guide de survie des Fils du Ciel dans l'au-delà, porte clef des Fils du Ciel, pin's des Fils du Ciel, agenda des Fils du Ciel (2016), Canif des Fils du Ciel).

    - À titre exceptionnel la cotisation d'affiliation annuelle à la Communauté des Fils du Ciel est ramenée à 18579 euros pendant les 8 prochains jours.

    - Au delà des 8 jours, la cotisation reviendra à son tarif habituel, soit 25912 euros.

    - Les kits d'accueil ne contiendront plus de baume de guérison du Covid 19 à compter de la fin de la promotion. (rupture de stock)

    - Après l'expiration de l'offre, le baume de guérison du Covid 19 sera vendu séparément au prix promotionnel de 7522 euros le tube, dès réapprovisionnement. (délai variable en fonction de la météo).

    - L'école de la Communauté des Fils du Ciel restera ouverte en dépit des injonctions gouvernementales, les adeptes de la communauté étant tous immunisés.

    - Les inscriptions à l'école de la Communauté des Fils du Ciel sont réservées aux enfants des membres de la Communauté des Fils du Ciel. 

    - Le coût de l'inscription est annuel (9986 euros). Toute année entamée (quelle que soit la période d'inscription) est entièrement due. 

    - Contrairement aux messages mensongers des menteurs du gouvernement, il n'y aura aucun vaccin de disponible avant plusieurs années. L'ingénierie génétique du comité scientifique des Fils du Ciel est très en avance sur le reste de la recherche mondiale. 

     

    Note : si malgré l'usage intensif du Baume de guérison du Covid 19, un membre de la Communauté des Fils du Ciel venait à rejoindre l'au-delà, le membre sera considéré comme "élu divin" et sera automatiquement proclamé "Commandeur de la Communauté des Fils du Ciel".

    Le statut de Commandeur de la Communauté des Fils du Ciel permet de participer à tous les banquets du Grand Miskhouba et de faire partie de son cercle restreint dans l'au delà. 

     

    Note 2 : seuls les paiements en espèce, en or et en "bitcoin-coins Fils du Ciel" seront acceptés. 

     


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  •  

    Mon dragon apprivoisé, hier matin,

    A rencontré son nouveau voisin.

     

    Passée la consternation de cette rencontre inopinée,

    Ils se sont copieusement engueulés,

    Ont échangé des jets de flammes bleutées, 

    Brûlant au passage quelques bicoques,

    Douze poules, un chat balafré,

    Et mon palefrenier originaire du Médoc.

     

    Ils ont fini par se lasser,

    Fatigués par cet exercice hivernal,

    Et sont tous deux repartis se coucher,

    Mais je crains que cet été ne soit infernal.  

     

     

     

     


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  • Royaume de Devérolie

    Bulletin Officiel des Promulgations (BOP)

    Mois de Neigeôse. Soixante-troisième année du règne du Roi Haha.

     

     

     

    Promulgation du Mercrou 6 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6301 (DRH Ne6301)

    Dans le cadre de la Réduction Programmée de la Population Devérolienne (RPPD) Tous les sujets du Royaume dont le prénom comporte la lettre « V » seront pendus le 25 courant du présent mois. Les corps seront ensuite remis aux familles en vue de leur inhumation. 

    Les demandes de changement de prénom qui ont été soumises au Tribunal des Affaires Familiales (TAF) avant le début du mois seront prises en compte dans la mesure des capacités dudit tribunal à traiter les demandes avant le 25 Neigeôse.

     

     

    Promulgation du Sardi 9 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6302 (DRH Ne6302)

    Compte tenu des derniers résultats scolaires compilés par le rectorat du Royaume, les enfants scolarisés dans le royaume sont désormais soumis à une interdiction stricte de se livrer à toute forme de jeux entre le coucher et le lever du soleil.

    Pour assurer l'application de la présente promulgation, une Brigade de Contrôle Effectif des Activités Nocturnes des Enfants (la BECANE) est créée ce jour au sein de la Police Royale. La BECANE sera dotée d'un effectif de 18500 agents. Son effectif sera doublé chaque année. La Brigade pourra procéder à des contrôles inopinés au domicile des sujets du Royaume concernés par la présente promulgation, et un budget conséquent sera alloué à la propagande visant à encourager les dénonciations familiales.

    Les contrevenants seront soumis à une peine d'emprisonnement de 5 ans (cinq ans) en Centre Éducatif Disciplinaire en cas d'infraction. La peine sera portée à 10 ans (dix ans) en cas de récidive. 

    À titre dérogatoire et exclusif, les parties de petits chevaux entamées avant le coucher du soleil pourront être menées à leur fin. 

     

     

    Promulgation du Mourdi 12 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6303 (DRH N2e6303)

    La pêche aux têtards sera ouverte cette année du Vendou 12 Printôse au Joudi 6 Fleurôse.

    Il est rappelé que seule la capture des têtard mâles est autorisée. Tout contrevenant aux dates d'ouverture de la pêche ou à la nature des têtards capturés sera empalé sur la place Royale jusqu'à ce que mort s'ensuive.

     

     

    Promulgation du Lourdi 18 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6304 (DRH Ne6304)

    Tous les célibataires (de plus de vingt et une années révolues au cours de l'année) prénommés Marcel, Jean, Miguel ou Olaf devront se marier avant le Joudi 30 Nocturnôse.

    Ils pourront épouser au choix : une Mireille, une Julia, ou, avec dérogation préalable du Tribunal des Affaires Familiales (TAF), une Ariane ou une Gudrun.

    Faute de mariage avant la date promulguée, les célibataires concernés seront immolés par le feu en l'autel du Temple des Sacrifices à minuit, le Vendou 31 Nocturnôse, dans le cadre de la célébration des fêtes de fin d'année.

     

     

    Promulgation du Joudi 21 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6305 (DRH Ne6305)

    Tout animal de compagnie mort devra désormais être accompagné dans sa dernière demeure par un des membres de la famille à laquelle il appartenait, pour une durée qui ne pourra pas être inférieure à quatre mois. Ceci afin d'apporter présence et réconfort à l'animal dans son cheminement vers le Grand Refuge Éternel du Ciel Bienveillant. Les accompagnants pourront se munir d'outres d'eau, de viande séchée, de fruits, de couvertures. Les tombes pourront être aménagées avec un système de ventilation pour assurer le renouvellement de l'air au sein du caveau, à la discrétion de la famille.

    La Police Royale aura pour charge de s'assurer du respect de la présente promulgation. En employant la force si nécessaire.

     

     

    Promulgation du Dourmiche 24 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6306 (DRH Ne6306)

    Dans sa grande mansuétude, le Roi Haha accorde son pardon à tous les sujets du Royaume dont le prénom est Wendy, Rowena, Wilfrid ou Werner. 

     

     

    Promulgation du Lourdi 25 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6307 (DRH Ne6307)

    Le Comte William Halive est appointé par le Roi Haha en qualité de nouveau Chambellan du Roi.

     

     

    Promulgation du Mourdi 26 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6308 (DRH Ne6308)

    Toutes les Martine et les Mauricette devront se raser la tête le jour du 1er Pluviôse de l'année en cours. La tonte devra être rigoureusement entretenue jusqu'au 31 Nocturnôse. Les Martine et les Mauricette seront autorisées à se recouvrir la tête d'une perruque ou d'un couvre-chef à compter du 1er Frimôse, mais uniquement dans le cadre de leurs activités extérieures.

    Les contrevenantes à la présente Décision Royale seront condamnées à avoir la tête tranchée. 

    Il est précisé que les contrevenantes seront tondues préalablement à leur décapitation. 

     

     

    Promulgation du Sardi 30 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6309 (DRH Ne6309)

    Toutes les réclamations relatives aux différentes DRH Ne63 sont à adresser au Chambellan du Roi, Palais Royal, avant le 5 du mois en cours. Elles doivent impérativement porter la mention exacte de la DRH concernée, sous peine de nullité.

    Les réclamations arrivant hors délai ne seront pas examinées. 

     

     

    Promulgation du Dourmiche 31 Neigeôse. Décision du Roi Haha Ne6310 (DRH Ne6310)

    Une coquille s'est glissée dans la DRH Ne6301 du 6 Neigeôse : il fallait lire la lettre « W » et non la lettre « V ».

    En conséquence, les exécutions du Lourdi 25 Neigeôse sont réputées nulles et non avenues.

    Le responsable de la coquille, l'ancien Chambellan Victor Nicard, sera déterré et empalé sur la place Royale jusqu'à complète décomposition.

     

     

     

    Promulgations compilées par William Halive, Chambellan du Roi. 

     

     

    Note : c'est le 25 Neigeôse que le Roi Haha a prononcé sa phrase célèbre : Mais où est donc Victor Nicard ? ne voyant pas le Chambellan à ses côtés lors de de la cérémonie des pendaisons. 

     

     


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  • Au début de l'été 2018, j'ai mis un temps fou à retrouver la trace de Cindy McFarlane. Cet ancien mannequin, ex-égérie d'une maison de haute couture, sans activité une fois arrivée à sa date de péremption (aux environs de 28 ans), n'avait pas su adapter son train de vie à sa baisse de revenus. 

    Elle devait beaucoup d'argent à son manager, un des seuls agents honnêtes du milieu, selon lui. Il était persuadé qu'il restait au top-model célèbre quelques économies planquées quelque part, et il nous avait mis sur sa piste quelques semaines plus tôt, en me donnant la liste des ses contacts sur Paris.

    J'avais fini par la loger chez une copine, du côté de la Gare Montparnasse, dans un logement situé au dessus d'une crêperie.

     

    Une fois arrivés sur zone, les yeux de Ron se sont illuminés quand il a découvert la rue des crêperies. Il m'a également adressé un regard de reproche, déçu que je ne l'aie jamais convié à visiter cet endroit merveilleux, mélange de village Breton et de tarifs Parisiens. J'ai réussi de justesse à le dissuader d'entrer dans la première, mais arrivé devant la deuxième j'ai vite abandonné. Est-on jamais parvenu à stopper une marée ? Pour ma part je me suis contenté d'une bolée de cidre et d'une crêpe au sucre. Ce n'est pas que je n'aime pas les crêpes, mais nous venions de déjeuner à la Coupole, et je n'avais plus faim.

    Trois crêpes complètes et deux au caramel beurre salé (avec double supplément Chantilly) plus tard, nous avons enfin pu nous rendre chez l'amie du top model. Qui habitait au quatrième et dernier étage sans ascenseur, au dessus d'une autre crêperie, heureusement fermée. Au mois de Juillet, après avoir bien mangé, il fait chaud, mais Ron et moi, on n'a jamais eu peur d'un escalier. 

    Mais une fois arrivé devant la porte de l'amie de Cindy McFarlane, j'aurais dû reprendre un peu mon souffle avant de sonner.

    Bref, j'ai sonné.

    Une superbe créature, vêtue de morceaux de tissus à l'origine prévus pour habiller des playmobils, est venue nous ouvrir.

     

    - Bonjour Messieurs, nous dit elle dans un grand sourire, à peine voilé quelques instants par la découverte de la montagne humaine située derrière mon dos. Que puis-je faire pour vous ?

    J'avais bien une paire d'idées qui m'ont traversé l'esprit. Il faut dire que les grandes rousses dénudées m'ont toujours fait de l'effet. Mais j'ai réussi à conserver mon sérieux et mon sang froid. Professionnel avant tout :

    - Bonjour Mademoiselle, nous voudrions nous entretenir avec Mademoiselle McFarlane. Un de ses amis nous a dit qu'elle était actuellement hébergée ici.

    - Désolée Messieurs, mais vous faites erreur, dit la grande rousse en essayant de refermer la porte.

    Elle ne parvint pas à la faire bouger, Ron avait mis un doigt dessus et la retenait en position ouverte sans aucun effort apparent.

    - Allons, Mademoiselle, ne faites pas l'enfant. Nous savons qu'elle est ici.

    - Mais puisque je vous dis que non, commença à s'emporter la fille. Ça suffit, dites à votre gorille de retirer son doigt, ou j'appelle la police !

    À ce moment, une voix féminine venue de l'intérieur de l'appartement l'interrompit :

    - Laisse tomber Sophia, je vais leur parler.

    La rousse, Sophia, laissa la place à son amie Cindy, guère plus vêtue qu'elle, et tout aussi jolie. Une grande liane, très maigre et très brune.

    - Cindy Mc Farlane ? Demandais-je

    - Oui ?

    - Vous avez des gaufrettes ? demanda immanquablement Ron.

    Il était en train de de digérer ses crêpes mais je savais qu'il ne posait pas la question par principe.

    Et c'est là que la situation a dérapé :

    - Bien sûr que j'ai des gaufrettes, nous dit Cindy McFarlane dans un grand sourire. Vous en voulez ? Entrez !

     

    Sur ce elle ouvrit en grand la porte d'entrée. Ron se précipita et faillit une nouvelle fois m'écraser contre le mur de l'entrée. Pourtant, ce n'était pas comme si je n'étais pas prévenu. J'ai manqué de réflexes sur ce coup là. On mettra ça sur le compte des escaliers, du cidre, et des rousses dénudées.

    Bien entendu, une fois installés dans le salon du loft impeccablement décoré des demoiselles, devant plusieurs paquets de gaufrettes (fraise, vanille, chocolat, pistache) accompagnées de bières bien fraiches, notre boulot est devenu difficile. Enfin, tout est relatif. La compagnie n'était pas désagréable. Je n'avais jamais vu Ron aussi heureux. 

    Mais d'un point de vue professionnel ce fut un fiasco complet. J'ai bien réclamé l'encaissement de la dette de notre client, mais j'ai bien vu que Ron désapprouvait. Je n'ai pas insisté, je n'allais pas me mettre à casser des ampoules après avoir été aussi bien accueilli. En plus Sophia n'y était pour rien, je n'avais pas l'intention de me la mettre à dos. Pas comme ça en tout cas.

     

    Sur le moment j'avais cru que nous avions joué de malchance en tombant sur les seules top-models de Paris à avoir des paquets de gaufrettes et des bières dans leur appartement.

     

    ***  

     

    Une semaine plus tard, fin Juillet, nous sommes tombés dans le même type de traquenard au domicile d'un producteur de cinéma célèbre qui avait perdu gros aux courses. Ça n'a pas trop bien marché pour lui, vu que c'était un homme, et qu'il était un peu con. Ron a mangé les gaufrettes, mais quand j'ai commencé à péter les ampoules, il a empêché le producteur d'intervenir.

    Comme le producteur n'avait pas été trop poli, Ron a fini par lui mettre une baffe. Ça ne l'a pas empêché de le remercier pour les gaufrettes avant de repartir. Nous avons menacé de revenir la semaine suivante si la dette n'était pas remboursée.

    Nous n'eûmes pas besoin de revenir. C'est dommage j'aime beaucoup Montmartre.  

     

    Et début Août, une troisième fois, on nous a refait le coup dans un petit hôtel particulier de Versailles. Un couple de retraités qui avait tout perdu dans une pyramide de Ponzi montée par leur petit neveu.

    Ils ont reçu Ron avec les petits plats dans les grands, il n'y a vu que du feu. Après les gaufrettes et les gâteaux pour le goûter, ils ont enchainé avec un Poulet rôti et un énorme plateau de fromages.

    Cette fois, en repartant bredouille, j'ai sermonné Ron dans la voiture. Il était contrit et contrarié, mais je n'ai pas insisté. Il était conscient du problème, c'était déjà ça.

     

    J'ai bien été obligé de trouver une parade. Il en allait de notre gagne pain. Je n'ai pas essayé de dissuader Ron de poser sa question d'introduction. Ron est un homme d'habitude. Seul un fou tenterait d'inverser le sens de rotation de la planète.

    J'ai réfléchi.

    Et j'ai trouvé.

    ***

     

    Quelques semaines plus tard, au début du mois de Septembre, Ron et moi nous sommes présentés en début d'après midi au domicile d'une escort-girl de Cergy qui devait beaucoup d'argent à son dealer. Ron affichait le sourire béat d'un homme repu : avant d'attaquer notre dossier du jour je lui avais offert un déjeuner de moules-frites à volonté dans une bonne brasserie du coin. Il en avait repris dix huit fois, sous les regards effarés du personnel de salle et des clients. C'est un cuisinier angoissé qui est venu nous annoncer qu'il n'avait plus de moules après que Ron eut commandé un dix neuvième service. Pas rancunier, Ron s'est rattrapé sur la tarte au citron (entière) offerte pour son dessert, à titre de compensation.

    Ron obtient souvent des compensations sans rien demander. C'est un autre de ses dons.

     

    L'escort-girl n'était pas particulièrement jolie. Elle avait un visage grossier et des yeux méchants. D'après mes informations, elle était spécialisée dans le latex et les pinces.

    Quand nous avons sonné, elle a ouvert la porte en grand et nous a demandé d'un ton revêche :

     

    - Qu'est ce que vous voulez ?

    Ron, qui exhalait une forte odeur de moules et de meringue italienne, a aussitôt répliqué :

    - Vous avez des gaufrettes ?

    Comme si la lumière venait de s'allumer dans son regard, la Revêche nous a adressé un grand sourire et a répondu :

    - Bien entendu, entrez !

     

    Cette fois ci, j'avais prévu, je me suis plaqué au mur pour laisser passer Ron.

    Sur la table de la salle à manger, il y avait une douzaine de paquets de gaufrettes, qui n'attendaient que nous. Et pour cause, c'est moi qui les avait expédiés à la Revêche la veille avec un petit mot explicatif. L'appartement était prévisible : très moderne, très épuré, en tons blancs et noirs. Les chaises étaient tellement inconfortables que c'en était ridicule.

    À peine attablés, la Revêche nous a apporté une tasse de café et a aimablement proposé à Ron d'ouvrir un paquet de gaufrettes.

    Ron ne se l'est pas fait dire deux fois. Il a aussitôt jeté son dévolu sur un paquet de gaufrettes à la vanille, ses préférées.

    Il les a avalées en quelques secondes, avant d'ouvrir un deuxième paquet.

    À la fin du deuxième paquet, alors qu'il était sur le point d'ouvrir le troisième et que je commençais à sérieusement m'inquiéter, Ron a subitement changé de couleur. Sa carnation naturelle est plutôt rougeaude, et il était devenu tout blanc. Puis tout vert. Il a mis ses deux grosses pognes sur le rebord de la table en verre fumé, comme pour l'empêcher de s'enfuir.

    À la réflexion, si la table avait pu s'enfuir, elle en aurait certainement saisi l'opportunité.

    Ron a commencé à trembler. De grosses coulées de sueurs dégoulinaient sur tout son visage.

    Face à lui, de l'autre côté de la table, la Revêche commençait à prendre peur. Elle avait les yeux exorbités.

     

    - Ça va Monsieur ? Vous n'avez pas l'air très bien...

    Elle n'aurait jamais dû s'adresser à lui, car Ron a ouvert en grand la bouche pour lui répondre. Aucun mot n'en est sorti, au contraire de quelques gaufrettes et de plusieurs centaines de moules qui avaient décidé de reprendre leur liberté à cet instant précis.

    Recouverte de dégueulis, la Revêche n'était pas plus jolie.

     

    La première fusée fut suivie d'une seconde en direction du canapé et du téléviseur 4k, puis d'une troisième qui a rendu visite à la bibliothèque de la Revêche (collection d'ouvrages rares sur le bondage à travers les âges). Pendant ce temps là, la Revêche poussait des petits cris d'épouvante. Et ce n'était que le début, la fusée avait encore beaucoup d'étages. 

     

    Quelques minutes plus tard, nous sommes repartis de l'appartement de la Revêche avec trois lingots d'or et une grosse liasse de billets (remis spontanément, bien entendu). Sur la table de la salle à manger, il y avait plusieurs paquets de gaufrettes non entamés, recouverts d'un mélange de moules et de pommes de terre frites prédigérées. (Le citron et la meringue semblaient être sortis dans les autres étages de la fusée). L'odeur dans l'appartement était un mélange entre l'acide chlorhydrique et le fumet d'une baleine crevée échouée sur une plage. Depuis plusieurs semaines.

    La Revêche était tétanisée, au bord de l'apoplexie, dépassée par les évènements. Aux dernières nouvelles, elle aurait arrêté la drogue.

    Au moment de quitter les lieux, Ron a jeté un regard plein de tristesse sur la table et les gaufrettes non consommées. Puis il m'a lancé un regard dégoûté. J'ai bien vu dans ses yeux qu'il avait compris que j'étais pour quelque chose dans sa mésaventure. C'est loin d'être un imbécile, quand il veut.

    Mais il n'a jamais tenté d'aborder le sujet par la suite.

    Et je me suis bien gardé de le faire.

     

    *** 

     

    Quelques jours plus tard, nous sommes à nouveau tombés sur un petit malin qui avait reçu des infos d'un autre petit malin (identifié depuis, mais cela fera l'objet d'une autre histoire) pour neutraliser Gaufrette. Ce petit malin n'avait pas reçu de ma part un colis de gaufrettes imprégnées de vomitif, c'était donc l'instant de vérité pour mon petit stratagème.

    Je ne le savais pas encore en sonnant à la porte de ce pavillon cossu de Saint Cloud.

     

    - Oui ? demanda Monsieur Smaule-Cléveur en ouvrant sa porte en chêne ouvragé.

    - Vous êtes bien Monsieur Lucien Smaule-Cléveur ? demandais-je.

    - Oui, que voulez vous ? répondit Monsieur Smaule-Cléveur, receleur indélicat de son état.

    - Vous avez des gaufrettes ? demanda Ron.

    - Bien sûr, j'en ai ! jubila le petit malin dans un grand sourire adressé à Ron. Vous en vou..

    - J'aime plus ça, le coupa Ron d'un ton triste.

    - Pardon ? demanda Monsieur Smaule-Cléveur, interloqué.

    - « Schlack ! »

     

    Le problème était résolu. 

     

     


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  • Depuis quinze ans, à chaque fois qu'une porte s'ouvre devant moi, dans mon dos une grosse voix caverneuse pose systématiquement la même question : 

    - Vous avez des gaufrettes ?

     

    Ron et moi sonnons à des portes, c'est notre boulot. Ron est mon garde du corps. Normalement il devrait aussi me servir de chauffeur, mais Ron ne sait pas conduire. C'est une de ses nombreuses particularités. Il en a bien d'autres : il ne porte jamais de chaussures à lacets ni de cravates, il lit avec beaucoup de difficultés les noms sur les boites aux lettres, et il est généralement imperméable aux tentatives de persuasion ou de corruption. Sauf quand on lui offre de la nourriture qu'il aime, soit à peu près tout, hormis les choux de Bruxelles et les épinards. Ces deux légumes étant des traumatismes de cantine irréversibles dans le cadre d'une scolarité déjà elle même suffisamment traumatisante. Surtout pour ceux qui s'en sont pris à Ron. Il y a des chirurgiens qui ont fait fortune grâce à sa scolarité. 
    Son rôle, c'est l'intimidation. Il faut dire que Ron mesure plus de deux mètres dix pour plus de cent soixante kilos. Les rares fois où je l'ai vu dans une salle de sports, je l'ai vu manipuler des haltères de cinquante kilos comme s'il s'agissait de cotons tiges. Et celles de cent cinquante comme des bâtons de majorette.

     

    J'ai depuis longtemps renoncé à le convaincre de ne pas poser la question des gaufrettes. Au début, j'étais gêné, je ne trouvais pas ça professionnel. Mais Ron est têtu comme une mule.

    Cette histoire de gaufrettes date d'une de nos premières opérations de recouvrement amiable, au début des années 2000. Une vieille dame, qui habitait un appartement cossu du seizième arrondissement de Paris avait fait des chèques en bois à un de nos clients (une société de Casinos). Quand j'avais annoncé à la dame l'objet de notre visite à l'interphone, elle nous avait gentiment ouvert l'entrée de l'immeuble. Nous l'avions trouvée au seuil de son appartement du troisième, la porte grande ouverte. Elle nous avait demandé d'une voix enjouée :

    - Entrez Messieurs, vous tombez bien, je viens de faire du thé. Voulez vous des gaufrettes ?

    Pris au dépourvu par cette entrée en matière inhabituelle, j'avais hésité avant de formuler ma réponse. Ron s'était engouffré dans mon hésitation, me projetant contre le mur de l'entrée pour rejoindre le salon et s'y installer sur une ottomane ancienne dont les pieds n'avaient pas cédé, à la suite d'une probable intervention divine. Je n'avais pas eu d'autre choix que de m'installer à mon tour dans le petit salon à la décoration surannée. Lorsque la vieille dame toute tremblotante nous avait apporté un petit plateau de gaufrettes au chocolat pour accompagner sa théière d' Earl Grey, Ron n'avait pu retenir un cri du coeur :

    - J'adore les gaufrettes !
    Il en avait fait aussitôt la démonstration en engloutissant toutes les gaufrettes en quelques bouchées gargantuesques. Une fois son forfait commis, il m'avait adressé un petit regard coupable en me demandant : 
    - Tu en voulais, Jo ?
    De l'avis de la plupart de nos connaissances, Ron est un demeuré. Ils ont tort. Certes, la vivacité d'esprit n'est pas son point fort, il est très lent. Mais il a une mémoire d'éléphant et il est capable de comprendre des choses compliquées. Il lui faut juste du temps. Et sur d'autres plans, il est très rapide. Notamment quand il s'agit de se baffrer ou de distribuer les baffes. Là, il devient très malin, imprévisible et créatif.

     

    Bref, la vieille avait été obligée de sortir un deuxième paquet de gaufrettes, qui avait rapidement subi le même sort.

    Ensuite elle nous avait fait un cinéma sur son addiction au jeu, sur sa ruine, son désespoir. Ron avait proposé de la dépanner de quelques billets, mais elle avait eu le bon sens de refuser en voyant ma tête.

    Elle avait même été assez maline pour proposer à Ron un sandwich au rosbif, pour la route. Au moins, nous n'étions pas reparti totalement les mains vides.

    J'avais été obligé de transférer le dossier à une autre équipe, la vieille joueuse de Chemin de Fer s'étant mise définitivement Ron dans la poche en glissant un troisième paquet de gaufrettes dans le sac en papier qui contenait le sandwich au rosbif.

     

    Depuis cette rencontre mémorable, dès qu'une porte s'ouvre, Ron demande avec le ton d'en enfant sur le point d'apercevoir le père Noël :

     

    - Vous avez des gaufrettes ?

    En général, les gens chez qui nous nous rendons n'en ont pas ou n'ont pas le réflexe spontané de répondre oui. Beaucoup pensent qu'il s'agit d'une blague tordue. Du coup, j'ai incorporé cette introduction saugrenue à mon speech de recouvrement.

    Une fois la porte ouverte, ça donne des dialogues du style :

    Ron : « Vous avez des gaufrettes ? »

    Le débiteur, étonné : « euh... non. »

    Moi : « Vous n'avez pas de gaufrettes à proposer à mon collègue, du coup il n'est pas content. J'espère au moins que vous allez me remettre l'argent que vous devez à mon client ? »

    Le débiteur, faussement étonné : « Quel client ? »

    Moi : « Untel. »

    Le débiteur : « mais j'ai dit que j'allais... »  ou bien « j'avais dit que.. » ou bien « mais je ne peux... »

    Ron : « Schlack ! » (Ron parle beaucoup avec la paume de sa main)

     

    En général, on ne repart jamais les mains vides. Ou alors le débiteur est vraiment à sec, mais c'est rare. Les gens qui s'enterrent sous les dettes sont rarement à sec. Ils connaissent toutes les ficelles, toutes les combines pour trouver le cash qui alimentera leur addiction, qu'il s'agisse de jeu, de drogue, de montres, de chevaux de course ou de sacs à main. 
    Bien entendu, en cas d'addiction aux sacs à main, Ron ne met jamais de baffes à la dame, quand c'est une dame. Et si c'est un Monsieur qui ressemble beaucoup à une dame, dans le doute, il s'abstient. On a mis longtemps à trouver une méthode adaptée à la gent féminine aussi efficace que la boite à baffes mais on a fini par trouver : Ron casse en deux les escarpins, il déchire les sacs à main, mange les tubes de rouge à lèvres, et il lui est arrivé d'avaler un collier de perles ou deux. Quand je vous dis qu'il est créatif...

    Nous avons le meilleur taux de recouvrement de la Région Parisienne. On nous envoie dans des endroits d'où certaines équipes ne sont jamais revenues. On ne cherche pas la bagarre, mais parfois c'est la bagarre qui nous trouve. De temps à autres un débiteur qui sait que nous le cherchons embauche un garde du corps pour "s'occuper" de Gaufrette. Ça ne donne rien de bon, ni pour le garde du corps, ni pour le débiteur. Ron, lui, adore rencontrer de l'opposition sérieuse. Presque autant qu'il aime les gaufrettes à la vanille. Des fois, on tombe sur un caïd, entouré de plusieurs gros bras. Ron adore ça, presque autant que les gaufrettes à la fraise. 

    Et jamais, au grand jamais, on a vu un chien attaquer Ron. Il a une espèce de super-pouvoir sur les animaux. Il n'est pas rare que des Rottweilers se pissent dessus quand Ron les caresse. De joie, pas de peur.

     

    Dans le milieu on nous appelle « Gaufrette et Lumière ».

    Mon surnom, je l'ai gagné avec une méthode que j'ai inventé pour chahuter les débiteurs : quand ils ne se montrent pas coopérants, je brise dans leur logement toutes les ampoules de leurs lustres et de leurs lampes. Je pousse le vice jusqu'à casser la petite lumière du frigo. Ce n'est pas très couteux, moins douloureux que des os brisés, mais c'est très pénible à remplacer. Ça leur promet au minimum quelques heures dans le noir, et comme ça ils pensent à moi quand ils se cognent les pieds dans leurs tables basses. Il faut dire qu'on perd souvent le sens de l'équilibre dans les heures qui suivent une baffe de Ron.

     

    Certains créanciers peu scrupuleux utilisent notre renommée sans faire appel à nos services. Il leur suffit de dire : « Je vais vous envoyer Gaufrette et Lumière, et on verra si vous ne pouvez pas me payer ». Des fois, ça marche. Mais Ron et moi, nous n'aimons pas trop ça. Quand on l'apprend, on va demander des droits d'auteurs. En général, le créancier qui a utilisé notre renommée ne fait pas trop d'histoires et nous verse notre commission de 10 %. Plus 10 % de dommages et intérêts, et 10 % pour atteinte à notre image professionnelle. Car on ne s'annonce jamais dans notre métier, c'est une règle de base pour éviter les mauvaises surprises. Si on prévenait les débiteurs de notre venue, à l'heure qu'il est nous pourrions faire de la pub pour le gruyère. L'effet de surprise est essentiel pour éviter les coups tordus. 

    Nous avons travaillé dur pour acquérir notre réputation, mais on tient surtout à notre peau.

     

    Au cours de l'été 2018, nous avons dû faire face à une situation imprévue. Nous avons été mis en échec plusieurs fois. Des concurrents jaloux de notre succès avaient répandu le mot : pour avoir la paix avec nous il fallait offrir des gaufrettes à Gaufrette.

     

    C'est arrivé trois fois avant que nous ne parvenions à trouver une parade. 

     

    (à suivre dans le prochain épisode : Les encaisseurs dans "Gaufrettes à Gogo".)

     


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  •  

    Avoir un oeil au beau au milieu de la nuque,

    Ce n'est pas bien grave, même si c'est navrant.

    Les testicules chryptorchides chez l'eunuque,

    Ou pire, l'absence de particule chez les ducs,

    Sont des fléaux bien plus éprouvants.

     

    Il vous suffira de garder les cheveux longs

    Ou de porter en permanence un foulard,

    Et, en cas de mauvaise rencontre avec un roublard,

    De cochon pendu improvisé ou de nudisme forcé à Toulon,

    Vous pourrez toujours faire croire à un canular.

     

    Un oeil au milieu de la nuque sera toujours plus facile à dissimuler

    Qu'un manque d'esprit ou de charité.

     

    Oeil de Moscou

     

     

     


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  • Il y avait quelque chose de brisé chez Jean-Michel.

     

    La vraie cassure s'est produite le jour où il a abandonné son chien dans la forêt de Rambouillet. Il n'avait trouvé personne pour le garder pendant les vacances et avait trouvé ridicule le montant demandé par les pensions pour chiens qu'il avait consulté : deux cent cinquante euros au minimum pour seulement huit jours de garde, sous prétexte que c'était la pleine saison ! Il avait donc décidé de s'en séparer d'une façon moins conventionnelle. Il avait inventé toute une histoire à raconter à sa femme sur le destin funeste du chien, son évasion au moment de rejoindre la pension canine, la route, le camion, le choc, le constat cruel.

     

    Il n'était pourtant pas fier de lui, une fois son forfait commis. Il avait roulé la boule au ventre vers la destination de ses vacances, près de Périgueux. Une fois arrivé, ni ses amis ni sa femme n'étaient parvenus à le dérider de toute la soirée. La compassion et le réconfort que tous ses proches lui avaient témoigné après l'annonce de la mauvaise nouvelle avait été la chose la plus difficile à supporter, pour Jean-Michel. 

    La nuit venue, il fut incapable de trouver le sommeil. Il ne cessait de ré-entendre les aboiements déchirants de Vicks lorsqu'il s'était éloigné de l'arbre auquel il l'avait attaché.

    Rongé par la culpabilité, bouffi de remords, Jean-Michel repartit le lendemain matin aux aurores, sans prévenir personne, pour retrouver son chien. Arrivé aux abords de la forêt de Rambouillet sur le coup de midi, il ne parvint jamais à retrouver l'endroit où il avait abandonné Vicks.

    En fin d'après midi il décida d'aller acheter une tente et un nécessaire de camping dans le Décathlon le plus proche, afin de dormir le plus près possible de sa zone de recherche.

     

    Trois jours durant, il chercha son chien désespérément, ignorant tous les appels téléphoniques de sa femme et des ses amis.

    À la fin du troisième jour Rosita, sa femme, lui annonça par texto qu'elle le quittait.

    Paniqué, il reprit immédiatement la route de Périgueux pour la rejoindre. Il avait très peu dormi au cours des jours précédents et il n'évita que d'extrême justesse plusieurs accidents sur la route. Une fois arrivé à l'hôtel, peu avant 22 heures, ses amis lui apprirent que sa femme avait quitté l'établissement l'avant veille.

    Enragé, Jean-Michel reprit illico la route en direction de son domicile, et s'endormit une heure plus tard sur l'autoroute, entre Limoges et La Souterraine. Il encastra sa Peugeot 2008 dans un poids lourd espagnol qui convoyait tranquillement des aubergines et des tomates vers Rungis. Le poids lourd et les légumes s'en sortirent sans grands dommages mais Jean-Michel ne put pas en dire autant, avec ses fractures du bassin, des lombaires et celles de ses deux fémurs.

     

    Deux mois d'hôpital et trois mois de rééducation sans aucune visite plus tard, il put enfin repartir à son domicile, en VSL.

    Une fois arrivé à son appartement, il trouva une pile de courrier, dont celui relatif à son licenciement, ainsi qu'un avis d'expulsion. L'appartement était par ailleurs vidé de toutes les affaires de sa femme, et de la grande majorité des siennes.

    Sur la porte du frigo, maintenue par un magnet "Haribo c'est beau la vie", il trouva une note manuscrite datée du jour de son accident :

    « N'essaie pas de me revoir. Je te laisse le canapé et ta cafetière. Je garde aussi le chien, que j'ai récupéré au refuge SPA d'Hermeray hier. Il était pucé, pour ton information. Pour un chien mort écrasé, il est en très bonne santé. Adieu. »

     

    Les mois qui suivirent furent difficiles pour Jean-Michel, qui n'avait plus ni femme, ni chien, ni amis, ni travail, ni argent. Il trouva d'abord refuge dans des foyers pour sans abris, avant de trouver refuge dans le vin rouge "La villageoise", puis dans la drogue, qui était moins chère et plus efficace.

    Deux ans plus tard, il mourut écrasé par un camion du côté de la porte de la Chapelle. Il avait fait tomber par inadvertance d'un pont surplombant le périphérique sa dose journalière de crack. Il est mort en tentant de stopper à mains nues le camion de 38 Tonnes bourré de meubles Ikéa qui menaçait d'écraser son petit caillou.

    Disséqué par des apprentis médecins à la faculté de médecine de Paris 13, l'état de son squelette et de ses organes fut l'objet d'une publication dans la revue de la Faculté. Le corps mutilé de Jean-Michel termina son parcours dans le carré des indigents du cimetière de Thiais.

    Vicks, énergique labrador de 5 ans, vit toujours avec sa maîtresse du côté de Sartrouville. Il va très bien, mais il ne supporte plus d'être attaché.

    De l'avis de tous, c'est un très bon chien. 

     

    Le karma est un plat qui se mange froid

     

     


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    Robert n'avale pas de thé tard :

    S'il mange des grenouilles tard le soir,

    Il les accompagne de pinard.

     

     


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  • Il y a quelques années, un matin de Janvier, je me suis levé avec l'idée de sauver la planète. Dehors, il faisait douze degrés, avant même que le Soleil ne daigne montrer le bout d'un rayon.  

    À cette époque, déjà, il y avait un consensus généralisé selon lequel "la planète était foutue". 

    La veille au soir, j'avais vu un reportage sur les incendies en Australie. On parlait de milliards d'animaux carbonisés, et d'une trentaine d'humains morts. Comme si les humains n'étaient pas des animaux eux mêmes. Mais il est admis que les humains sont des animaux plus importants que les autres. À part pour quelques débiles, fruits d'une époque dans laquelle n'importe quel groupe constitué de bric et de broc sur les réseaux sociaux peut prendre la parole et être entendu.

     

    J'ai toujours trouvé qu'il y avait trop d'humains sur cette planète, même si je ne voyais pas grand monde hors le truchement de mes écrans, perdu que j'étais dans mon chalet de montagne. À chaque fois que je voyais au journal télévisé des foules énormes regroupées pour des évènements sportifs, des enterrements ou des manifestations, j'avais des bouffées d'angoisse.

    Mais si l'on dépasse mon ochlophobie, qui pourrait contester que le problème principal de la Terre est notre présence en trop grand nombre à sa surface ?

    Oui mais voilà : personne ne veut mourir et la meilleure façon de ne pas mourir totalement reste à ce jour la reproduction. Mécanisme aléatoire, parfois décevant, mais bien rodé, bien ancré dans nos disques durs génétiques. 

    Depuis quelques décennies, l'Europe semblait avoir pris la route de la décroissance démographique. Non pas par idéologie, mais grâce à un faisceau de facteurs, aux rangs desquels on peut citer les prix de l'immobilier, l'émancipation des femmes, la longueur des études, le coût des enfants, la contraception, la hausse des divorces, l'individualisme et le déclin des religions. Dans les pays les moins favorisés, les enfants étaient toujours considérés comme une richesse. Les systèmes de dot et d'alliances chères à Claude Levi-Strauss, toujours prépondérants, y favorisaient la progression des courbes démographiques pour encore quelques décennies. 

    Et ne parlons pas des pays dominés par une idéologie religieuse et encore moins de ceux où l'on faisait et où l'on fait toujours des enfants en préparation des guerres à venir. Ceux là étaient et sont toujours aveugles à la problématique de la surpopulation. 

    J'avais renoncé, depuis longtemps, à l'espoir que pourrait représenter une instance mondiale qui édicterait des consignes formelles aux nations pour limiter leur progression démographique. Même la Chine avait cessé d'imposer aveuglément sa politique de l'enfant unique, alors qu'elle était un précurseur en la matière. D'ailleurs le sujet était soigneusement dissimulé sous le tapis lors de tous les colloques mondiaux sur la problématique du réchauffement climatique. C'était un sujet trop sensible, source potentielle de plusieurs guerres mondiales. Manque de bol, c'était aussi le seul sur lequel les gouvernements auraient pu agir efficacement.

    Quant à la prise de conscience écologique des populations occidentales, si elle était louable, les effets attendus de cette révélation étaient dérisoires. Surtout lorsque on s'évertuait à mettre sur un même plan l'escroquerie des énergies renouvelables, les toilettes sèches, l'interdiction des pailles en plastique, le tri sélectif, l'interdiction des feux de cheminées, les nouvelles taxes écologiques et les formidables véhicules électriques. Pendant ce temps là, les centrales à charbon et à fuel continuaient à cracher la mort dans toute l'Europe parce que la seule énergie propre disponible, le nucléaire, était "dangereuse". Et plusieurs centaines de millions de nouveaux voisins supplémentaires voyaient le jour chaque année dans les pays moins favorisés. Des voisins avides d'énergies fossiles, de véhicules, de téléphones portables et d'air climatisé.

     

    J'ai donc décidé de prendre les choses en mains. Si personne ne voulait rien faire de sérieux pour diminuer la libération de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, j'allais m'en charger moi même. 

    Après tout, mes quinze années d'expérience dans différents régiments du Génie de l'Armée de Terre m'avaient donné une solide expérience dans la fabrication des bombes, et je n'avais jusqu'alors jamais vraiment eu l'opportunité de mettre en oeuvre mes compétences. 

    L'idée de faire exploser des maternités s'est imposée naturellement à moi. Viser les maisons de retraite ou des Mac Donald n'aurait eu aucun sens. Faire exploser des maternités, ça en avait : instiller la peur sur le long terme aux personnes qui voulaient se reproduire. Après tout, les pro-life américains avaient fait preuve de l'efficacité du blocage et du saccage des cliniques pratiquant l'avortement. Je ne faisais que m'inspirer de leur méthodes, en les retournant contre eux. 

    Je ne voulais tuer personne, je voulais juste dissuader. J'ai toujours appelé une heure en avance pour permettre l'évacuation de mes cibles avant qu'elles n'explosent. Si certains démineurs sont morts dans l'exercice de leur métier, j'en assume la responsabilité, mais tel n'était pas mon objectif et j'en suis sincèrement désolé.

     

    J'ai commencé mon action par les États Unis, bien entendu, en visant les états dans lesquels le droit à l'avortement était bafoué. Puis l'Amérique centrale, l'Amérique du Sud, l'Afrique, l'Indonésie avant de m'attaquer au golfe Persique.

    En tout j'ai détruit ou endommagé 67 maternités à travers le monde. Depuis le début de mon action, des gens sensés on rejoint mon combat, pas toujours en s'en prenant aux bonnes cibles. Actuellement il n'y a plus une seule maternité opérationnelle en Suède et le taux de natalité Européen est plus bas que jamais. Telle n'était pas mon intention, mais je suppose que l'on ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs. 

    Au niveau mondial, à ce jour, mon action commence à se faire sentir. Depuis le début de mes activités, la progression du taux de natalité mondial est en baisse. C'est un début. Mais la résistance s'organise. Le développement de l'accouchement à domicile a pris un essor vertigineux. On estime actuellement qu'un enfant sur trois nait au domicile de ses parents. Ce qui génère pas mal de complications. Une fois encore, telle n'était pas mon intention.

    Bien entendu, j'ai fini par me faire prendre, c'était une simple question de temps. Malheureusement, j'ai été pris en Iran, qui de façon paradoxale n'est pas un état tendre avec les terroristes. J'ai évidement été condamné à mort, et toutes mes voies de recours sont désormais épuisées. Le consul de France qui m'a visité en prison quelques jours après mon arrestation m'avait bien fait comprendre que le gouvernement de mon pays ne ferait rien pour m'extrader. Je n'en attendais pas mieux. 

    Dans deux jours, je serai mort, je cesserai de produire mon kilogramme de dioxyde de carbone quotidien. Quelque part, les mollahs vont faire progresser ma juste cause. La seule chose qui me chiffonne un peu, c'est la pendaison. J'aurais préféré un peloton d'exécution, plus en phase avec mes valeurs de combattant.

    J'espère que cette lettre parviendra à sortir de ma cellule. L'un de mes gardiens m'a affirmé être un partisan de notre cause et m'a proposé de faire sortir ce courrier. J'ignore encore si il dit vrai ou si il travaille pour les services secrets de son pays. Si vous lisez cette lettre, vous avez la réponse.

     

    Si vous me lisez, je ne peux que vous encourager à reprendre le flambeau qui se trouvera bientôt au pied de mon gibet. Notre but n'est pas de sauver la planète, la planète nous survivra, et nous pourrons faire tout et n'importe quoi, jamais nous ne parviendrons à éradiquer totalement la vie qui grouille à sa surface. Non, j'ai avant tout cherché à sauver l'espèce humaine d'une extinction de masse qui ne tardera pas à se produire si la lutte n'arrive pas dans les prochaines années à obtenir des résultats probants. 

    C'est pour cette raison que je vous enjoins à ne pas tuer, dans la mesure du possible. Ce n'est pas notre objectif, c'est même à l'opposé de notre combat. Non, il faut utiliser les armes que nous donnent les médias : leur pouvoir amplificateur est la meilleure des publicités. Privilégiez les actions spectaculaires, utilisez la terreur à bon escient, et peut-être, un jour, nous aurons sauvé notre habitat.

    Nous luttons pour les générations futures, nous ne luttons pas contre elles.

     

    Bien à vous,

    Jean Michel Cruche.

     

     


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  • Fleur de Fusil

    La route étant dépourvue d'embûches,

    Nous sommes allés gaiement

    À la rencontre de boches

    Qui n'allaient pas s'avérer très cléments.

    Les premiers combats furent une ébauche,

    Simple mise en bouche,

    D'affrontements de plus en plus déments.

    Ceux qui survécurent étaient les plus méchants,

    À leur retour, c'est à une vie de débauche 

    Qu'ils se vouèrent éperdument.

    Cinq chansons inachevées, ou pas

     

    ---

     

    Maison close

    Si on ouvrait en grand la porte aux inconnus,

    Assez vite on saurait qui ils sont, ce qu'ils veulent.

    Une fois nus dans la rue,

    Les anciens inconnus au chaud dans nos maisons,

    Nous deviendrions vite des inconnus nouveaux.

    Peut être serions nous alors les bienvenus,

    Aux portes des maisons d'autres gentils bons veaux.

    Mais non, nous faisons preuve d'une saine raison,

    En fermant nos portes à la gueule des inconnus,

    Sauf si l'inconnue est une blonde en pâmoison,

    Une brune en perdition, voire une rousse nue.

     

     

    ---

     

    La danse du penseur

    Quand je danse,

    Ça rigole autour de moi,

    Pourtant je me débrouille.

     

    Quand je pense, 

    C'est assez clair, des fois,

    Mais ensuite je m'embrouille.

     

    Dans les deux cas,

    J'ai l'air d'une andouille,

    J'arrête donc mes pas, 

    Je cesse de réfléchir,

    Je me ressers un kir,

    Avant de rentrer chez moi,

    Me laver la bouille,

    Et m'enfouir sous mes draps.

     

    ---

     

    Triclinium

    Écrire couché,

    Comme un empereur Romain,

    C'est amusant,

    Mais au niveau des débouchés,

    On fait moins le malin,

    Et c'est moins marrant.

     

    ---

     

     

    Une porte rouge ou verte

    Une porte ouverte,

    Peut être ou verte ou rouge,

    Elle peut aussi être ouverte et rouge,

    Si elle est fermée,

    Elle peut être rouge ou verte,

    Mais si elle est entrouverte,

    C'est qu'elle bouge,

    Ce qui laisse pas mal de possibilités.

    Cinq chansons inachevées, ou pas

     


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    Tous nos pas nous mènent assurément au trépas, 

    Toutes les directions mèneront au même destin,

    Mais s'arrêter en plein chemin n'est pas malin,

    Car c'est de loin la plus rapide de toutes les voies.

     


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    Ce matin il fait bien froid,

    Le ciel est bleu,

    Le soleil me caresse les bras,

    Nul effroi, plaisir miraculeux.


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    Mickaël Niniaud avait le sentiment d'être arrivé au bout de sa vie. 

    À 54 ans, ce chef d'entreprise, qui avait dédié sa vie à son commerce de piscines en kit pendant plus de trente années, était au bout du rouleau.

    Pendant longtemps, sa vie avait été un tourbillon. Les affaires étaient florissantes, c'était l'époque où tout le monde voulait installer une piscine dans son pavillon.

    Mais après une quinzaine d'années d'un succès foudroyant, les problèmes avaient commencé : la qualité de ses piscines, qu'il avait garanties vingt cinq ans, n'était pas suffisante pour résister aux outrages du temps. Il avait donc dû commencer à remplacer les piscines fendues par le gel, puis celles qui s'étaient affaissées sur elles même, parfois avec des nageurs malchanceux dedans. Les procès s'étaient enchainés, et les ennuis avec.

    Les dernières années avaient été très difficiles : les installations de piscines neuves avaient progressivement diminué alors que le nombre de remplacements aux frais de sa société avait explosé. Depuis sept ou huit ans, Mickaël Niniaud avait des bilans dans le rouge. Il avait perdu tout ce qu'il avait gagné précédemment, et ça s'était terminé par une faillite infamante, quelques mois plus tôt.

    On parle souvent du calme après la tempête, comme si c'était une chose agréable. Mais pour Mickaël Niniaud, le calme après la tempête fut ravageur.

    Sa femme était partie depuis déjà quelques années, quand l'argent avait commencé à se faire rare. Son fils ne lui avait plus adressé la parole depuis qu'il avait cessé de financer ses études. Ses amis s'étaient progressivement éloignés, et il n'avait rien fait pour les retenir. Lorsque la tempête prit fin, Mickaël Niniaud se retrouva seul dans sa grande maison, sans amis, sans famille, et sans aucun but dans la vie.

    Le calme après la tempête, pour Mickaël Niniaud, c'était l'enfer.

     

    Comme sa responsabilité avait été engagée dans le cadre de la liquidation de son entreprise, un tribunal avait récemment prononcé sa faillite personnelle. Ses derniers biens, dont la maison dont il avait naguère été si fier, allaient être saisis et vendus aux enchères, pour rembourser une partie des dettes abyssales de son ancienne société.

    Le matin du 25 Décembre, jour de Noël, de loin la fête la plus pénible à vivre pour une personne seule et déprimée, Mickaël Niniaud décida d'en finir.

    Il prit sa voiture, qui par miracle n'avait pas encore été saisie, et se rendit à quelques kilomètres de son domicile, là où serpentait la plus grosse rivière du département.

    La noyade lui semblait le moyen le plus approprié d'en finir. Il l'aurait bien fait chez lui, mais il n'avait jamais trouvé le temps d'installer une piscine dans sa belle propriété. De toute façon, il ne savait pas nager.

     

    Il se gara le long d'un chemin de terre et se rendit à pied sur une petite zone de pêche aménagée qui surplombait la rivière.

    Il était neuf heures, le temps était gris. En ce jour de liesse, au cours duquel toute la population ouvrait ses cadeaux, il n'y avait évidemment pas un chat à l'horizon. Le petit ponton, aménagé pour la pêche au brochet par quelques passionnés du coin, était désert.

    Mickaël s'était habillé sans réfléchir avant de prendre la route : il portait un bas de jogging gris, un anorak vert recouvrait son pull le plus chaud, mais il était en chaussons.

    Arrivé au bord du ponton, il se rendit compte avec stupéfaction que la rivière était à sec, de façon totalement incompréhensible. La veille encore, il avait constaté de ses yeux la présence des eaux tumultueuses, gonflées des précipitations des dernières semaines. On ne parlait que des risques d'inondations, dans la presse locale.

    Mais Mickaël ne rêvait pas : quelques rares flaques d'eaux surnageaient dans une rivière de boue, en compagnie d'objets plus ou moins reconnaissables, qui allaient du vieux pneu à la carcasse de vélomoteur, en passant par une quantité astronomique de bidons en plastiques. Il y avait également quelques reflets argentés, ici et là, de poissons de toutes les tailles en train de s’asphyxier.

    Incrédule, après quelques minutes de sidération face à ce spectacle macabre, Mickaël Niniaud regagna son véhicule.

    Une fois installé derrière le volant, il mit le contact et alluma la radio. Des flashs spéciaux occupaient toutes les antennes nationales : apparement, le phénomène était mondial. Sur toute la surface du globe, les rivières, les fleuves et les lacs s'étaient asséchés pendant la nuit. Le niveau des mers avait baissé sur toute la planète de plusieurs centaines de mètres. Sur France Inter, un habitant de La Rochelle, qui avait un appartement avec vue sur la mer, témoignait de la disparition de l'océan Atlantique, remplacé par une mer de sable.

     

    Mickaël Niniaud poussa un gros soupir. Les éléments se liguaient contre lui. 

    La noyade n'était plus une option. 

    Son projet venait de tomber à l'eau.

     

     

     


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    Perdu dans un tunnel,

    Je marchais dans le noir depuis des heures, 

    J'étais fatigué et j'étais de mauvaise humeur.

     

    Soudain un Ours Polaire est apparu,

    Ni une ni deux, je me suis défendu :

    Je l'ai choppé par la queue,

    Fait tournoyer dans les airs,

    Avant de l'éclater par terre,

    Comme un ours en peluche hideux.

     

    Je dors comme un bienheureux,

    Mais je fais souvent des rêves douteux,

    À base d'Ours blancs dans le noir :

    S'il est perdu dans un tunnel mal éclairé,

    Fatigué, affamé, et ne peut rien voir,

    L'Ours blanc est en danger.

     

    Je sais bien que la banquise fond,

    Mais ces circonstances exceptionnelles

    Ne sont pas une raison

    Pour venir se réfugier dans mes tunnels

    Et les garnir de gros étrons.

    En plus je ne trouve jamais la pelle,

    Pour ramasser.

     

    Du blanc dans le noir, du noir dans le blanc

     

     

     


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    Question cylindrée

    J'en ai encore sous l'capot,

    Je suis toujours un cinglé,

    Un gros méchant pas beau.

     

    J'ai coulé une bielle,

    On y peut rien,

    C'est comme ça ma belle,

    Je suis un vaurien.

     

    Si on me serre,

    Je démarre au quart de tour,

    Pour mon adversaire,

    Je ne fais aucun détour.

     

    J'ai coulé une bielle,

    On y peut rien,

    C'est comme ça ma belle,

    Je suis un vaurien.

     

    Ma tôle est froissée,

    C'en est presque affolant,

    Mon carbu est encrassé,

    Mais je suis un fou du volant.

     

    J'ai coulé une bielle,

    On y peut rien,

    C'est comme ça ma belle,

    Je suis un vaurien.

     

    Écartez vous de mon chemin,

    Ma direction est faussée,

    Si vous faites les malins,

    Vous finirez dans le fossé.

     

    J'ai coulé une bielle,

    On y peut rien,

    C'est comme ça ma belle,

    Je suis un vaurien.

     

    Quand tout finira par péter,

    Tu me trouveras,

    Quelque part sur le bas côté,

    Dans l'état du Dakota.

     

    On y peut rien,

    C'est comme ça ma belle,

    Tout à une fin,

    Même la saison des mirabelles.

     

    Satanas

     

     


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    Je voulais manger des pommes,

    Mais j'ai mangé des gaufrettes.

    Je voulais être un homme,

    Je n'suis qu'une usine à merde,

    Que je livre par barges de fret,

    Pour ne pas qu'elle se perde.

     

    La défaite n'est pas complète :

    Grâce à cette matière fécale,

    Poussent blé et tournesol,

    Dont sont faites les gaufrettes.

    Toutes choses étant égales,

    Quelque part je m'en console.

     

    Ciel !

    Ce petit vélo, il est dans ma tête,

    Ça tourne, ça tourne, jamais ça ne s'arrête.

     

    Le cycle éternel de mon petit vélo dans le ciel

     


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    Si les amis de mes amis sont mes amis et que les ennemis de mes ennemis sont mes amis, logiquement les ennemis de mes amis sont mes ennemis et les amis de mes ennemis sont mes ennemis. 

    Qu'advient il alors des amis de mes ennemis qui sont les ennemis des ennemis de mes amis ? Si ce sont des ennemis qui sont ennemis avec mes ennemis et que les ennemis de mes ennemis sont mes amis, mes ennemis peuvent donc être non pas des amis mais des alliés.

    Il faut donc hiérarchiser ses inimitiés pour débusquer chez les amis des petits ennemis des alliés potentiels pour monter une alliance contre des grands ennemis que nous avons en commun.

     

    C'est ainsi que Jordan, Mouss, Kevin et moi avons pu piquer la mousse au chocolat de Michel-Henri à la cantine ce midi. 

     

     

     

     


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  • CHAPITRE 3

     

    Billy fut réveillé par le chant des cigales, persuadé d'avoir fait un épouvantable cauchemar. Mais le contact avec la matière étrange de sa couverture, et le mur gris aux reflets bleutés qui apparu sous ses yeux eurent tôt fait de le rappeler à la réalité.

    Il était toujours sur le vaisseau Létan, et il avait été condamné à 15 ans de servitude à cause d'une histoire de billes.

    Il eut envie de pleurer mais il se retint.

     

    T-Kal était debout, et il avait revêtu une sorte de robe rouge informe, comme celle que portait Iloxyia la veille. La sienne dissimulait ses quatre jambes et chacun de ses bras était couvert d'une manche d'où sortaient une petite douzaine de doigts (onze exactement). T-Kal utilisa une de ses mains pour indiquer à Billy la petite table sur laquelle était posée son casque traducteur, tout en poursuivant ses crissements incompréhensibles.

    Billy mit le casque sur ses oreilles.

    • Ah enfin ! Allons déjeuner si tu veux bien, j'ai faim. Tu roupillais comme un Ollamyrian, j'ai cru que je n'arriverai jamais à te réveiller !

    Billy allait mettre ses chaussures quand T-Kal l'interrompit :

    • Inutile de te chausser, les serviteurs ne peuvent pas porter de chaussures. C'est une vieille coutume Létane.

    • Je peux garder mes chaussettes ? Demanda Billy. 

    • Oui, pour l'instant. Allez suis moi.

    T-Kal prononça une commande vocale, et le panneau qui donnait sur le corridor s'ouvrit. Il se retourna vers Billy avant de sortir et lui demanda :

    • Au fait, tu t'appelles comment ?

    • Billy. Billy Tomisen, répondit Billy.

    T-Kal tendit ses quatre bras vers sa tête poilue et lui dit :

    • Je suis T-Kal Uk-Tul-Oktyl. Tout le monde m'appelle T-Kal sur ce vaisseau. Je suis le précepteur des enfants de l'ambassadeur. Allez viens, on va manger. C'est important la nourriture, avant une journée de travail. 

    Puis il se retourna et s'engagea dans le couloir.

     

    Fin de l'extrait gratuit.

     

    ****

    (Chapitre 3 à 76)

    ****

     

     

     

    ÉPILOGUE

     

    Il ne s'est rien passé de vraiment épouvantable pendant la première année de servitude du petit Billy. Mais elle n'a pas été agréable pour autant.

    La rencontre avec des races d'extraterrestres inconnues de l'humanité, la découverte de la culture et de l'organisation politique Létane, la révélation sur les dangers qui menacent l'humanité, l'abordage des renégats du consortium, l'amitié naissante avec l'héritier de l'ambassadeur, l'antagonisme croissant avec le chef cuisinier et sa pâtée immonde, les menaces de mort de Moxa, l'entretien difficile des élevages de Xl'tar, les morsures de Mardoshs, les cours du soir de T-Kal, tout cela a occupé Billy pendant ses longues journées. Mais, la nuit venue, il a continué de faire face au vide, à l'absence de ses mères. Il n'était après tout qu'un petit garçon de neuf ans. 

    L'arrivée sur Léta, après les détours par les cités célestes d'Alhump et la Station K-Kal'k, va à nouveau bouleverser la vie du petit Billy, pour le meilleur et pour le pire.

     

    Vous le découvrirez dans la suite de ses aventures, dans le tome 2 : Léthargique sur Léta. 

     

     

     

     


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  • CHAPITRE 2

     

    Iloxyia et Billy retraversèrent les salons par lesquels ils étaient arrivés. Billy cru qu'ils allaient sortir des quartiers de l'ambassadeur, mais Iloxyia passa devant le grand sas d'entrée sans s'arrêter et poursuivit son chemin dans une coursive d'apparence anodine.

    Billy réalisa qu'ils étaient entrés dans le domaine des serviteurs : cette partie des quartiers privatifs de l'ambassadeur était beaucoup moins luxueuse : pas de décorations, ni de beaux meubles. Murs, sols et plafonds étaient de la même matière et de la même couleur que les corridors du vaisseau : des parois métalliques d'un gris pâle.

    Après quelques pas dans la coursive, lloxyia désigna de la main un local sur leur droite et prononça quelques mots, aussitôt traduits par le casque :

    • Ici ce sont les cuisines.

    Billy fut surpris de constater que le cuisinier qui officiait derrière le panneau transparent n'était pas Létan. Il reconnut un Sarthas, reconnaissable à son corps longiligne, sa couleur verte et à sa peau de serpent. Il était en train d'estourbir avec une grosse batte en métal de petites bêtes bleues à plumes, entassées dans une bassine. Il semblait y prendre un plaisir sadique. Mais Billy était si saturé d'émotions qu'il n'y prêta pas une grande importance. Il était comme anesthésié par l'enchaînement des évènements depuis la sortie de sa cachette.

    • En face, ce sont les élevages de X'ltar, dit Iloxyia en désignant le local qui faisait face aux cuisines avec un de ses gros doigts griffus. C'est probablement là que je te ferai travailler.

    À travers le même type de panneau transparent, on pouvait voir des dizaines de petites cages dans lesquelles de petits animaux étaient entassés. Il y avait notamment les mêmes petits animaux bleus que ceux que le cuisinier était occupé à trucider. Curieusement ces bestioles étaient apparement dépourvues de pattes. Il y avait également d'autres animaux inconnus, des sortes de lapins rouges à bec noir, sans oreilles, et ce qui ressemblait à des enchevêtrements gluants de petits serpents noirs. Il y avait également des poules, que Billy reconnu facilement. Il savait que les poules et les oeufs étaient à la base des premiers accords commerciaux entre les Humains et les Létans. Les Létans étaient dingues d'oeufs de poule, c'était de notoriété publique. 

    La servante Létane continua son chemin, et Billy la suivit. Ils arrivèrent à un croisement. Elle reprit la parole, à grands renforts de claquements de mandibules et d'agitations de tentacules :

    • À droite ce sont les réserves, à gauche les chambrées. En face c'est la cambuse des serviteurs, avec une petite salle de repos commune. C'est là que tu prendras tes repas. Une fois que j'aurais communiqué au chef tes besoins alimentaires il fera une pâtée adaptée à ton organisme. Et si ce n'est pas bon, il faudra être très gentil avec lui si tu veux qu'il modifie la recette. Laniss n'apprécie pas beaucoup les critiques frontales sur sa cuisine.

    Elle se dirigea sur la gauche et poursuivit :

    • Normalement on regroupe les serviteurs par espèces, mais nous n'avons pas de chambrée libre pour toi. Tu ne fais pas trop de bruit quand tu dors ? Tu dégages des odeurs particulières pendant ton cycle de sommeil ?

    • Non, je ne crois pas, répondit Billy.

    • Je vais te mettre dans la chambre occupée par T-Kal. C'est un Bam'toss, il est très calme et ne fait aucun bruit, ça devrait aller. Il doit déjà être dans son cycle de sommeil, je vais vous présenter.

       

    Elle toqua à une porte et patienta. Quelques instants plus tard, un être un peu plus grand que Billy ouvrit la porte. Il était entièrement couvert de poils noirs mais on distinguait tout de même ses quatre jambes et ses quatre bras, ainsi qu'une petite tête barbue dotée de deux gros yeux à facettes. Il commença à émettre des sons qui ressemblaient à des crissements d'insectes terriens, les cigales. Ses propos furent automatiquement traduit par le casque que portait toujours Billy :

    • Iloxyia ? Tu sais que je ne suis pas de service ? Je viens de commencer ma nuit ! Puis, avisant Billy derrière Iloxyia : Ah non, tu ne vas pas me coller ça dans les pattes ! Tu sais très bien que j'ai besoin d'un calme absolu pour dormir ! C'est un motif de rupture de contrat !

    • Ne t'énerves pas, T-Kal. On a pas le choix. Je ne peux pas le mettre chez les Alnittes, c'est donc toi ou Laniss. Le petit est un humain immature, il n'a pas cinq ans. Tu veux qu'il passe ses nuits avec un Sarthas ?

    La boule de poil poussa un long son qui ne fut pas traduit, mais qui ressemblait beaucoup à un soupir :

    • Bon, d'accord. Puis s'adressant à Billy : mais je te préviens, je ne veux pas un bruit quand je dors.

    • Je te le confie pour la nuit, il faut encore que je m'occupe de sa pâtée et de ses uniformes pour demain. On se retrouve à la cambuse pour le petit déjeuner. Tu prends bien soin de ne pas le laisser abimer son casque de traduction. Il ne faut pas qu'il dorme avec. Donne lui à boire et explique lui le fonctionnement des sanitaires.

    Alors que le Bam'toss allait faire entrer Billy dans la chambrée, il demanda :

    • Pourquoi ont ils donné un contrat à un gamin ? Il a quelque chose de spécial ?

    • C'est lui qui est responsable de la mort du patron. Il est passé à deux doigts du Xav'Yrtyr. Il n'est pas sous contrat au sens où tu l'entends. Bon, je te laisse, j'ai la table du conseil à nettoyer. 

    Tandis qu'Iloxyia s'en allait vaquer à ses occupations, la porte coulissante de la chambrée se referma dans un petit chuintement, après que le quadrupède poilu eût pris soin de faire entrer Billy à l'intérieur.

     

     

    Billy trouva qu'il y avait une odeur bizarre dans la chambre, qui était plongée dans les ténèbres. L'odeur n'était pas forcément désagréable, mais étrange. T-Kal prononça un mot qui ne fut pas traduit et une douce lumière bleutée permit à Billy de distinguer l'endroit où il se trouvait. La chambre ne faisait pas plus d'une dizaine de mètres carrés, et était assez basse de plafond. Sur sa gauche, il y avait une espèce d’alcôve ronde, avec des bandes de mousses qui devaient servir de couvertures. Sur sa droite, il y avait un espace vide. Aux extrémités, deux armoires et deux petites tables complétaient le décor.

    • Tu dors dans quelle position ? Demanda T-Kal. Debout, assis, couché ?

    • Couché, répondit Billy.

    • À plat ou avec une inclinaison ?

    • Euh, à plat. 

    • Sur quelle type de surface ? Dure ou molle ?

    • Plutôt molle.

    Le Bam'toss s'approcha d'un pad qui était accroché sur le mur à côté de la porte d'entrée et tapa rapidement quelques commandes dessus à toute vitesse.

    Une alcôve rectangulaire commença à émerger doucement de la cloison de droite, formant un lit facilement accessible pour Billy.

    • Essaie voir si la consistance est bonne, demanda T-Kal.

    Billy alla tâter le la matière qui tapissait le bas de l'alcôve : elle semblait douce et très confortable. Il se tourna vers le Bam'toss :

    • Ça à l'air bien.

    • Tant mieux. Écoute, je sais que tu dois avoir beaucoup de questions, mais je suis fatigué et je veux faire ma nuit. Si je ne dors pas assez je risque de faire des crises de narcolepsie pendant ma journée de travail, et je n'y tiens pas. On aura l'occasion de faire le point sur ta situation demain avec Iloxyia. Tu as sommeil ?

    • Un peu, répondit Billy. 

    Le Bam'toss se dirigea vers un des placards, duquel il sorti une bande de mousse qui ressemblait à celles de l'alcôve arrondie. Billy trouvait que le Bam'toss ressemblait de plus en plus à une grosse araignée très poilue. Il se déplaçait avec une espèce de grâce étrange. L'être poilu s'approcha de lui et lui tendit la bande de mousse avec ses quatre bras, tous dotés d'un nombre de doigts impressionnant.

    • Tiens, ça te permettra de maintenir ta chaleur corporelle à la bonne température, c'est une couverture intelligente. 

    Pendant que Billy posait sa couverture sur son lit, T-Kal se dirigea vers le mur du fond et appuya sur un autre pad. La cloison de la chambre coulissa, révélant une autre pièce :

    • Ce sont les sanitaires. Approche, on va les programmer pour ta physiologie. Mets ta main sur le pad.

    Billy s'approcha : la petite pièce faisait trois mètres de large sur deux de profondeur, et elle était vide. Billy mis sa main sur le pad, qui clignota deux fois avant d'afficher des symboles incompréhensibles. Sur la gauche de la pièce, un tube gris d'une trentaine de centimètres de large, avec un rebord plat, sortit doucement du sol, s'arrêtant à une quarantaine de centimètres de hauteur. T-Kal se tourna vers Billy :

    • Tu pourras faire tes besoins là dedans ?

    • Oui, je crois, répondit Billy, très gêné.

    • Jamais vu un truc aussi primitif. J'ai toujours pensé que le système digestif d'une espèce en disait beaucoup sur sa nature profonde. Bon, passons. Pour la douche, il suffit de s'avancer dans le coin opposé, dit-il en désignant le côté droit de la petite pièce. La douche sonique se lancera automatiquement. Le mieux est d'enlever ses vêtements, mais ce n'est pas obligatoire. Pour un nettoyage en profondeur de tes vêtements, il suffit de les laisser quelques instants au sol. Bon profite d'être là pour faire ce que tu as à faire, je ne veux plus être réveillé d'ici la fin de mon cycle de sommeil. 

    T-Kal quitta la petite pièce, le panneau se refermant derrière lui dans le chuintement aigu auquel Billy commençait à s'habituer. 

     

    Billy ressortit des sanitaires quelques minutes plus tard après avoir appuyé sur le pad interne pour ouvrir le panneau. L'expérience de la douche sonique avait été assez désagréable. Celle des toilettes avait été une bonne surprise, en comparaison. 

    T-Kal s'était allongé dans son alcôve arrondie. Son corps épousait les contours de l’alcôve dans un cercle presque parfait. Ses pieds étaient presque au contact de sa tête, ce qui paru très bizarre à Billy. Le Bam'toss lui désigna avec un de ses bras une espèce de petite gourde en matière plastique qui était sur la table la plus proche du lit de Billy.

    • Tiens voilà de l'eau. Je ne sais pas si elle est correctement minéralisée pour ton espèce, mais tu peux la boire sans danger. Je te montrerai les commandes pour remplir ta gourde demain, dans la cambuse.

    Billy porta la gourde à ses lèvres : l'eau était fraiche et avait un goût métallique désagréable.

    • Maintenant, on dort. Pose ton casque sur la table avant de te coucher, je ne veux pas me faire éventrer par Iloxyia demain si il est abimé. C'est un matériel très couteux. Iloxyia prendra les dimensions de ton système auditif pour te fabriquer un traducteur permanent. Tu peux mettre tes vêtements dans ce placard ci, dit-il en désignant celui duquel il avait sorti la bande de mousse.

    Un peu perdu, Billy se contenta d'enlever ses chaussures, posa son casque sur la petite table, et se mit dans le lit tout habillé. Quelques instants plus tard, après quelques crissements émis par T-Kal, le noir absolu se fit dans la chambrée.

    Billy pleura beaucoup cette nuit là avant de s'endormir, mais le plus silencieusement possible, pour ne pas s'attirer les foudres de son étrange et volubile compagnon de chambrée. 

     

     


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